Tunisie. Economie : vers une révolution du change, une opportunité stratégique pour les expatriés

C’est une potentielle ouverture très attendue du système financier : la réforme imminente du code des changes, actuellement en discussion au Parlement, pourrait marquer un tournant majeur pour l’économie tunisienne protectionniste, très en retard sur les questions des paiements électroniques internationaux.
En ouvrant davantage l’accès aux devises et aux outils de paiement internationaux, le texte ambitionne en effet de moderniser un système longtemps jugé excessivement orthodoxe et rigide. Au-delà de ses effets internes, cette évolution pourrait surtout rebattre les cartes pour les Tunisiens résidents à l’étranger (TRE), au cœur des flux financiers du pays, première source de rentrées des devises, devant le tourisme.
Le débat qui s’ouvre mardi à l’Assemblée des représentants du peuple se base sur un article additionnel dans la loi de finances 2026 approuvé par 69 voix, contre 17 abstentions et 17 oppositions.
Une libéralisation progressive pour moderniser l’économie
« C’est une petite révolution qui se prépare », se félicite un député de la majorité longtemps taxée d’immobilisme et d’obédience à un chef de l’Etat peu porté sur les problématiques financières. Le nouveau code des changes prévoit ainsi d’autoriser, sous certaines conditions, l’ouverture de comptes en devises pour les résidents tunisiens. Une mesure qui rompt avec des décennies de contrôle strict, où l’accès aux monnaies étrangères était limité et fortement réglementé.
Autre avancée notable : la possibilité d’utiliser des plateformes internationales de paiement telles que PayPal notamment, jusqu’ici largement inaccessibles, un aspect pénalisant pour les freelancers. À cela s’ajoute une reconnaissance, certes encore prudente, des solutions basées sur la cryptomonnaie et les cryptoactifs. L’objectif est clair : permettre aux travailleurs indépendants, aux startups et aux exportateurs de services de percevoir leurs revenus en devises et de les utiliser plus librement.
Cette ouverture vise à corriger un retard structurel qui pénalise l’économie numérique tunisienne. Les entrepreneurs du digital étaient jusqu’ici contraints de passer par des circuits détournés ou de renoncer à certains marchés. La réforme pourrait ainsi faciliter leur intégration dans les échanges internationaux, en s’affranchissant d’un encadrement suranné.
Une opportunité de reconnexion économique avec la diaspora
Pour les Tunisiens résidents à l’étranger, cette réforme pourrait également changer la donne. Acteurs clés des transferts de devises, les TRE se heurtent depuis longtemps à des procédures complexes et à un système bancaire peu adapté aux standards internationaux.
Avec des comptes en devises accessibles localement et des outils de paiement globalisés, les échanges entre diaspora et pays d’origine pourraient devenir plus fluides et transparents. En clair, un expatrié pourrait investir plus facilement dans un projet en Tunisie, tandis qu’un professionnel basé au pays pourrait collaborer directement avec des clients à l’étranger.
Au-delà des flux financiers, l’enjeu est aussi humain. Le manque d’infrastructures adaptées est souvent cité parmi les freins au retour ou à l’investissement des compétences expatriées. En modernisant son cadre légal et réglementaire, la Tunisie pourrait ainsi encourager une forme de « retour économique » de sa diaspora, explique un élu en commission.
Reste toutefois une incertitude majeure : celle de l’application concrète des mesures. Les modalités fixées par la Banque centrale seront déterminantes pour traduire cette ambition en réalité. Entre ouverture et prudence, la réforme devra trouver un équilibre. Mais pour les TRE, une chose est déjà claire : si elle est pleinement mise en œuvre, elle pourrait transformer leur relation économique de façon substantielle avec la Tunisie.
