Sous la lumière de Marrakech, Churchill révélait son âme d’artiste

 Sous la lumière de Marrakech, Churchill révélait son âme d’artiste

Photographie de Hans Wild (C) présentée dans l’exposition « Winston Churchill: The Painter » à la Wallace Collection, à Londres, le 20 mai 2026. L’exposition réunit plus de 50 œuvres, dont environ la moitié issues de collections privées rarement accessibles au public. Photo : Justin Tallis / AFP

Le Maroc s’impose comme la grande source d’inspiration de Winston Churchill dans « Winston Churchill: The Painter », première grande rétrospective consacrée à l’œuvre picturale de l’ancien Premier ministre britannique depuis 1959.

 

À partir du 23 mai et jusqu’au 29 novembre 2026, The Wallace Collection, prestigieuse institution muséale londonienne, accueille plus de cinquante œuvres de Winston Churchill dans le cadre de « Winston Churchill: The Painter », première rétrospective d’envergure consacrée à sa peinture depuis sa disparition. L’exposition, coorganisée par Xavier Bray et Lucy Davis, deux spécialistes du monde muséal et de l’histoire de l’art, entend dévoiler une facette plus intime de l’homme d’État britannique : celle d’un artiste amateur devenu, au fil des décennies, un véritable amoureux de la couleur et des paysages méditerranéens.

Mais au milieu des vues de la Côte d’Azur, des jardins anglais et des natures mortes baignées de soleil, ce sont surtout les toiles marocaines qui captivent visiteurs et critiques. Marrakech y apparaît comme une muse récurrente, presque obsessionnelle, dans l’univers pictural de Churchill.

peinture mosque at marrakech (1948) de winston churchill, exposée à la wallace collection de londres le 20 mai 2026.
L’œuvre Mosque at Marrakech (1948) présentée dans l’exposition « Winston Churchill: The Painter » à la Wallace Collection, à Londres, le 20 mai 2026. Photo : Justin Tallis / AFP

>>Lire aussi : Bacha Coffee, le café marocain qui conquiert Paris

Marrakech, refuge artistique et diplomatique

Le Maroc occupe ainsi une place à part dans l’exposition londonienne. Winston Churchill séjourna à six reprises à Marrakech entre 1935 et 1959, résidant régulièrement à La Mamounia. Là, loin des crises politiques et des tensions internationales, il trouvait dans la peinture un espace de respiration et de contemplation.

La lumière de la ville ocre, les silhouettes de l’Atlas, les jardins luxuriants et les nuances rosées des remparts nourrissent plusieurs de ses œuvres les plus célèbres. Le quotidien britannique Telegraph estime même que les paysages marocains constituent « le clou du spectacle », saluant des compositions aux tonalités délicates mêlant roses poudrés, verts profonds et lavandes lumineuses.

L’exposition consacre d’ailleurs une salle entière aux œuvres marocaines du grand dirigeant britannique, confirmant combien le royaume a façonné son imaginaire artistique. La Wallace Collection rappelle que Churchill a réalisé plus de 500 tableaux au cours de sa vie, mais que c’est « sous la lumière intense de Marrakech » que son inspiration semble avoir atteint son apogée.

La Koutoubia, une toile entrée dans l’Histoire

Parmi les pièces majeures exposées figure évidemment « The Tower of the Koutoubia Mosque », peinte en 1943 après la Conférence de Casablanca. Cette vue de la Mosquée Koutoubia, au cœur de Marrakech, demeure une œuvre à part dans la carrière de Churchill : il s’agit de la seule toile réalisée durant toute la Seconde Guerre mondiale.

« The Tower of the Koutoubia Mosque », peinte en 1943

L’histoire du tableau participe largement à sa légende. Après avoir convaincu Franklin D. Roosevelt de prolonger son séjour au Maroc afin « d’admirer le coucher du soleil sur les neiges de l’Atlas », Churchill lui offrit la peinture en guise de souvenir diplomatique. Des décennies plus tard, l’œuvre réapparaît sur le marché de l’art lorsqu’elle est vendue par Angelina Jolie en 2021 pour plus de 8 millions de livres sterling.

Au-delà de cette toile iconique, l’exposition met également en avant des œuvres moins connues comme « Les Gorges du Todhra » (1951), où Churchill délaisse l’orientalisme classique pour saisir la rudesse minérale de l’Atlas oriental. Une approche qui révèle un regard plus personnel, parfois plus audacieux qu’on ne l’a longtemps cru.

Car si Churchill n’a jamais prétendu rivaliser avec les grands maîtres modernes, cette rétrospective londonienne réhabilite un pan méconnu de sa personnalité. À travers ses paysages marocains, c’est un homme d’État en quête de lumière, de silence et d’évasion qui se dévoile : un Churchill plus contemplatif que conquérant, et un Maroc sublimé par le regard d’un géant de l’Histoire.

Lire aussi : Arts plastiques. 60 ans de peinture marocaine à l’épreuve du temps

 

Avatar photo

Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.