New York. Une voix marocaine au Tribeca Festival

 New York. Une voix marocaine au Tribeca Festival

À travers cette 25ᵉ édition, Tribeca apparaît comme un observatoire privilégié des mutations du cinéma contemporain

À l’heure où les grands festivals internationaux redéfinissent leurs contours face aux mutations des industries culturelles, le Tribeca Festival célèbre en 2026 un cap symbolique : son 25ᵉ anniversaire. Du 3 au 14 juin, New York redevient ainsi l’épicentre d’un cinéma indépendant en constante réinvention, à la croisée des formats, des disciplines et des publics.

Fondé en 2002 par Robert De Niro et Jane Rosenthal dans le sillage du traumatisme des Attentats du 11 septembre 2001, Tribeca n’était à l’origine qu’un geste de résilience culturelle destiné à revitaliser le sud de Manhattan. Un quart de siècle plus tard, il s’impose comme un laboratoire mondial des nouvelles narrations.

L’édition 2026 confirme cette transformation. Plus qu’un festival de cinéma, Tribeca est devenu un carrefour où se rencontrent films, séries, podcasts, performances live et expériences immersives. Cette année, la programmation affiche une ampleur remarquable : 118 longs-métrages et 86 courts-métrages, dont une large majorité en première mondiale — signe de son rôle stratégique dans la circulation internationale des œuvres.

Le festival va même plus loin en intégrant pleinement les créateurs numériques issus de plateformes comme TikTok ou YouTube, consacrant une évolution profonde : celle d’un récit qui ne passe plus exclusivement par l’écran de cinéma, mais circule désormais sur une multiplicité de supports et de formats.

Mon Taxi de Meriem Sakrouhi

C’est dans ce contexte d’ouverture que s’inscrit la sélection du court-métrage Mon Taxi, réalisé par la cinéaste marocaine Meriem Sakrouhi. Présenté en première mondiale dans la section Shorts, ce film documentaire de 8 minutes s’impose par sa sobriété et sa charge émotionnelle.

Entièrement porté par une démarche autobiographique, le film repose sur un geste simple : appeler un père disparu. De ce point de départ minimaliste naît une réflexion sensible sur le deuil, la mémoire et la persistance du lien affectif. Le film mobilise plusieurs langues — darija, rifain, français, espagnol — qui traduisent à la fois la pluralité culturelle marocaine et l’universalité de l’expérience intime.

Cette économie narrative, presque dépouillée, s’inscrit dans une tendance forte du documentaire contemporain : celle d’un cinéma de l’intime, où la subjectivité devient un outil d’exploration du réel. En cela, le travail de Sakrouhi dialogue avec une génération de cinéastes qui privilégient les récits fragmentaires, sensoriels et profondément personnels.

Si les informations publiques sur Meriem Sakrouhi restent encore limitées, Mon Taxi révèle une signature déjà affirmée : une approche à la fois introspective et formellement maîtrisée, où la réalisatrice assume plusieurs rôles — écriture, réalisation, montage, image — dans une logique d’auteur complète.

Pendant des années, appeler son père était un rituel quotidien pour la réalisatrice marocaine Meriem Sakrouhi. Après son décès, son besoin de garder le contact est resté intact.

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Une présence marocaine qui s’inscrit dans la durée

La sélection de Mon Taxi s’inscrit dans une dynamique plus large de visibilité des récits marocains à Tribeca. En 2023, French Montana, de son vrai nom Karim Kharbouch, y présentait le documentaire For Khadija, centré sur la figure maternelle et les trajectoires migratoires.

Ce fil narratif — entre mémoire familiale, exil et identité — semble désormais constituer une ligne de force dans les œuvres marocaines présentées à l’international. Il témoigne d’un déplacement du regard : moins tourné vers des représentations folkloriques que vers des récits personnels, hybrides et transnationaux.

À travers cette 25ᵉ édition, Tribeca apparaît finalement comme un observatoire privilégié des mutations du cinéma contemporain. Entre ancrage local — celui de New York — et ouverture globale, entre industries culturelles et récits intimes, le festival redéfinit ce que signifie aujourd’hui « faire du cinéma ». Dans cet espace en recomposition, la présence de voix émergentes comme celle de Meriem Sakrouhi n’est pas anodine. Elle confirme que les nouvelles écritures du réel, souvent modestes dans leur forme mais puissantes dans leur portée émotionnelle, trouvent désormais leur place sur les scènes les plus visibles du cinéma mondial.

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