Mustafa Taiau : « La nature reste notre boussole »

 Mustafa Taiau : « La nature reste notre boussole »

crédit photo : archives perspnnelles Mustapha Taiau

À l’Espace Rivages de la fondation Hassan II des Marocains résidant à l’étranger à Rabat, le photographe et ingénieur en informatique, Mustafa Taiau expose « Sculptures érosives », une série de photographies réalisées sur le littoral d’Oued Alyane, près de Tanger. Ingénieur en informatique installé en France depuis plus de quarante ans, il invite les visiteurs à porter un autre regard sur les paysages marocains. Entre géologie, mémoire humaine et imaginaire, ses images révèlent des formes que l’érosion dessine lentement depuis des siècles. Rencontre.

En bref

  • Mustafa Taiau expose Sculptures érosives à l’Espace Rivages de Rabat.
  • Ses photographies ont été réalisées sur le littoral d’Oued Alyane, près de Tanger.
  • Il met en lumière les formes sculptées par la mer, le vent et le temps.
  • L’artiste défend un regard contemplatif sur la nature et le paysage.
  • Il appelle à préserver le littoral marocain pour les générations futures.

Vous êtes ingénieur en informatique. En quoi cette formation a-t-elle influencé votre travail de photographe ?

Mustafa Taiau : La rigueur, d’abord. Mais aussi le sens de l’observation. Mon métier m’a appris à observer mon environnement, aussi bien l’infiniment petit que l’infiniment grand. Cette curiosité a toujours fait partie de moi. La photographie est devenue un prolongement naturel de cette façon de regarder le monde.

Pourquoi avoir choisi le village d’Oued Alyane, dans la région de Tanger ?

Mustafa Taiau : C’est un lieu auquel je suis attaché puisque mon frère y vit. J’y marche souvent. Ce littoral présente une grande diversité de formes sculptées par la mer et le vent. On pourrait trouver des paysages comparables ailleurs. Mais c’est ici que j’ai développé un regard particulier sur cette matière façonnée par le temps.

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archives personnelles de Mustafa Taiau

Pourquoi avoir intitulé cette série « Sculptures érosives » ?

Mustafa Taiau : Parce que la véritable artiste, c’est la nature. Ce sont le temps, la mer et le vent qui travaillent lentement la roche. L’érosion demande de la patience. Ce qui m’intéresse, c’est l’action du temps. J’aime voir comment la matière se transforme peu à peu jusqu’à créer des formes qui semblent sculptées par une main humaine.

À quel moment avez-vous commencé à voir la nature comme un sculpteur ?

Mustafa Taiau : Au départ, j’admirais simplement les paysages. Puis, avec le téléphone portable, j’ai commencé à fixer ce que mon regard percevait déjà intuitivement. L’appareil n’a pas créé ce regard, il m’a simplement permis de l’exprimer.

Dans vos photographies, on distingue parfois des visages, des corps ou des animaux. Les cherchez-vous volontairement ?

Mustafa Taiau : Je marche seul, lentement. Parfois, une forme m’interpelle immédiatement. Ensuite, je tourne autour de la roche. Je cherche l’angle qui révèle le mieux cette silhouette. La lumière du matin ou du soir joue également un rôle essentiel. Je ne crée pas ces formes : je les découvre.

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archives personnelles de Mustafa Taiau

Vous évoquez trois niveaux de lecture : géologique, anthropologique et mythologique. Lequel vous touche le plus ?

Mustafa Taiau : L’aspect anthropologique. Je crois que l’être humain cherche naturellement son reflet dans la nature. Pour moi, la nature est un miroir. Nous nous reconnaissons dans ces formes minérales. Elles racontent aussi quelque chose de nous-mêmes.

Vos images laissent beaucoup de place à l’interprétation. Est-ce volontaire ?

Mustafa Taiau : Oui. Chacun voit quelque chose de différent. Certains y découvrent des figures humaines, d’autres des formes fractales, d’autres encore une simple beauté esthétique. Il n’existe pas une seule lecture. C’est ce dialogue entre l’œuvre et le regardeur qui m’intéresse.

À l’heure où l’intelligence artificielle peut produire des images très réalistes, quel est encore le rôle du photographe ?

Mustafa Taiau : Le réel reste beaucoup plus pertinent que l’artificiel. Une image générée traverse le regard. La nature, elle, nous traverse. Elle est toujours nouvelle pour celui qui prend le temps de l’observer. Il suffit simplement d’ouvrir les yeux.

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archives personnelles de Mustafa Taiau

Après quarante ans en France, photographier le Maroc représente-t-il un retour aux sources ?

Mustafa Taiau : Je ne parlerais pas de retour, mais de continuité. La Bretagne m’inspire également beaucoup parce qu’elle a su préserver son littoral. J’aimerais que le Maroc conserve cette même attention. Le littoral est un bien commun. Il faut le protéger, éviter que le béton ne le défigure et transmettre cette beauté aux générations futures.

Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent de votre exposition ?

Mustafa Taiau : J’espère qu’ils repartiront avec davantage de curiosité et surtout plus d’humilité face à la nature. Si, après cette exposition, ils prennent le temps de regarder autrement un rocher, un rivage ou un paysage qu’ils croyaient connaître, alors j’aurai atteint mon objectif. Car la nature reste notre boussole. Elle nous apprend encore beaucoup sur nous-mêmes.

Vos questions sur Mustapha Taiau

Qui est Mustafa Taiau ?

Mustafa Taiau est un photographe amateur et ingénieur en informatique installé en France. Il expose régulièrement des séries consacrées aux paysages marocains.

Que présente l’exposition Sculptures érosives ?

L’exposition rassemble des photographies réalisées sur le littoral d’Oued Alyane, où l’érosion naturelle façonne des formes évoquant des sculptures.

Où voir l’exposition ?

Elle est présentée à l’Espace Rivages, à Rabat.

Pourquoi Mustafa Taiau compare-t-il la nature à un sculpteur ?

Selon lui, la mer, le vent et le temps sont les véritables artistes. Ils façonnent lentement la roche et créent des formes que le photographe révèle par son regard.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.