Mouloud Aounit, quatorze ans après, la mémoire vive d’un antiraciste d’Aubervilliers

 Mouloud Aounit, quatorze ans après, la mémoire vive d’un antiraciste d’Aubervilliers

Mouloud Aounit, président du MRAP, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale à Paris, le 26 avril 2007. © JOEL SAGET / AFP

Quatorze ans déjà. Le 10 août 2012, Mouloud Aounit s’éteignait à 59 ans, emporté par une longue maladie. Depuis, son nom continue de circuler dans les rues d’Aubervilliers, dans les souvenirs de ceux qui l’ont connu et dans les combats antiracistes qu’il avait contribué à faire entrer au cœur du débat public.

 

En bref

  • Mouloud Aounit est décédé le 10 août 2012 à l’âge de 59 ans.
  • Enfant d’Aubervilliers, il y a construit l’essentiel de son parcours militant.
  • Ancien président du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), il a consacré sa vie à la lutte contre le racisme et les discriminations.
  • Ses combats sur l’islamophobie, la Palestine et la mémoire coloniale ont également suscité des controverses.
  • Quatorze ans après sa mort, son héritage reste présent dans les combats pour l’égalité.

 


À Aubervilliers, certaines absences finissent par devenir des présences. Celle de Mouloud Aounit est de celles-là. Quatorze ans après sa disparition, la ville n’a pas oublié celui qui fut, pendant des décennies, l’une de ses grandes voix.

Le 10 août dernier, le maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, lui rendait hommage, rappelant combien l’ancien président du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, le MRAP, avait « greffé la lutte antiraciste dans l’âme » de la ville.

Sofienne Karroumi dépose une gerbe de fleurs sur la tombe de Mouloud Aounit, le 10 août 2026.
Le maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, dépose une gerbe de fleurs sur la tombe de Mouloud Aounit, le 10 août 2026. Crédit : Sofienne Karroumi / X

 

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D’Aubervilliers aux tribunes nationales

Né le 23 février 1953 à Timezrit, en Kabylie, alors dans l’Algérie française, Mouloud Aounit arrive enfant à Aubervilliers. Il y grandit et y construit l’essentiel de son parcours militant.

Il adhère au MRAP en 1979, participe en 1983 à la Marche pour l’égalité et contre le racisme, puis devient secrétaire général du mouvement en 1989. En 2004, il en prend la présidence. La même année, il est élu conseiller régional d’Île-de-France. En 2007, il devient le porte-parole de Marie-George Buffet pendant la campagne présidentielle.

Mais réduire Mouloud Aounit à une succession de mandats serait passer à côté de l’essentiel. Aounit était d’abord un militant. Un militant de terrain, avec ses colères, ses fidélités, ses contradictions aussi.

Il ne considérait pas l’antiracisme comme un supplément d’âme de la République, mais comme une question centrale : qui a réellement accès aux mêmes droits ? Qui est discriminé ? Qui est entendu ? Et surtout, qui est encore obligé de prouver qu’il appartient pleinement à la communauté nationale ?

 

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Il refusait de choisir ses combats

Son combat ne s’arrêtait pas au racisme frontal. Il s’intéressait aux discriminations plus diffuses, aux mécanismes qui assignent certains Français à leurs origines, à leur religion supposée ou à leur quartier.

C’est notamment sur la question de l’islamophobie que son engagement allait devenir particulièrement clivant.

Au milieu des années 2000, le terme est loin de faire consensus. Aounit, lui, entend faire reconnaître une réalité qu’il estime insuffisamment nommée : les hostilités visant les musulmans ou les personnes perçues comme telles, dans un contexte où les amalgames entre immigration, islam et terrorisme prennent une place croissante dans le débat public.

Aounit ne choisira jamais la prudence. C’était peut-être sa force. C’était aussi, parfois, sa fragilité.

Son engagement en faveur de la Palestine, son combat contre le racisme antimusulman et ses prises de position sur la laïcité nourrissent les controverses. Mais elles racontent aussi un homme qui refuse de choisir ses combats en fonction de leur confort médiatique.

Il sera également de ceux qui réclament que la France regarde son histoire coloniale en face, notamment la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Pour lui, l’antiracisme ne pouvait être dissocié de la mémoire, de la justice et du rapport que la République entretient avec son passé.

 

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Une mémoire qui dérange encore

Il y avait chez Aounit quelque chose d’un peu démodé et, précisément pour cette raison, de terriblement moderne : la conviction que la politique devait servir à quelque chose. Pas seulement à conquérir des places. À défendre des gens.

Ceux qui n’ont pas les bons papiers. Ceux qui subissent une discrimination à l’embauche. Ceux dont le nom suffit parfois à fermer une porte. Ceux qui vivent avec le soupçon permanent de ne jamais être considérés comme tout à fait français.

Le réalisateur Jean-Michel Riera, qui travaillait sur un documentaire consacré à sa trajectoire, racontait un homme capable de s’emporter pour un enfant privé de soins, un jeune exclu de l’école ou une personne victime d’une injustice. Il le décrivait comme un « animal politique » dont l’obsession restait l’accès de tous aux droits fondamentaux. C’est peut-être là que se trouve la clé de la mémoire d’Aounit.

À Aubervilliers, il n’était pas simplement « le président du MRAP ». Il était Mouloud. Un enfant de la ville devenu une figure nationale. Un homme qui avait grandi dans cette banlieue populaire et qui, au fil des années, avait transformé son histoire personnelle en combat collectif.

Lorsqu’il meurt, le 10 août 2012, après de longs mois de maladie, les hommages affluent. Quatorze ans plus tard, son nom n’est donc pas seulement celui d’un disparu. Il est devenu une mémoire.

Une mémoire qui dérange parfois, parce que les combats d’Aounit ne sont pas devenus moins politiques avec le temps. Au contraire. Le racisme, les discriminations, l’islamophobie, la mémoire coloniale, la Palestine et la promesse républicaine restent au cœur des fractures françaises. Et c’est peut-être pour cela que sa parole continue de résonner.

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La République face à sa promesse d’égalité

Parce qu’Aounit avait compris une chose simple : l’égalité ne se proclame pas seulement depuis les tribunes. Elle se construit dans les écoles, les associations, les quartiers, les institutions. Dans les combats minuscules comme dans les grandes mobilisations.

À Aubervilliers, le maire Sofienne Karroumi le rappelait encore cette semaine : une génération politique s’est construite « sous l’écho » des combats de Mouloud Aounit. C’est sans doute l’un des plus beaux hommages que l’on puisse rendre à un militant.

Avoir disparu sans avoir disparu tout à fait. Quatorze ans après sa mort, Mouloud Aounit continue de poser la même question, presque brutalement : la République est-elle à la hauteur de sa promesse d’égalité ? À ceux qui l’ont connu de répondre. À ceux qui ont grandi après lui, surtout, de poursuivre le combat.

 


Vos questions sur Mouloud Aounit

Qui était Mouloud Aounit ?

Un militant antiraciste né en Kabylie, arrivé enfant à Aubervilliers, devenu président du MRAP.

Quand Mouloud Aounit est-il mort ?

Mouloud Aounit est mort le 10 août 2012, à l’âge de 59 ans, après une longue maladie.

Quels étaient ses principaux combats ?

Il s’est engagé contre le racisme et les discriminations, notamment contre le racisme antimusulman, mais aussi pour la Palestine et la reconnaissance de la répression du 17 octobre 1961.

Pourquoi son nom reste-t-il associé à Aubervilliers ?

Parce qu’il y a grandi et transformé son histoire personnelle en combat collectif.

Quelles controverses a-t-il suscitées ?

Ses positions sur la Palestine, la laïcité et l’islamophobie ont parfois divisé.

Pourquoi son héritage est-il encore actuel ?

Ses combats restent liés à des questions toujours présentes dans le débat public : racisme, discriminations, islamophobie, mémoire coloniale et égalité des droits.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.