Géopolitique de la colonisation : Sebta reste une ville marocaine

La clôture frontalière entre le préside occupé de Sebta et Fnideq, dans le nord du pays, le 30 septembre 2024. © AFP
Cet appel d’air brûlant soufflant sur les braises du dossier, déjà bien épineux, du Sahara donne froid à la tête au moment où se profilent déjà de gros soucis pour les relations futures entre Rabat et Madrid. Bomber le torse, envoyer le chef d’état-major de l’armée à Sebta et Melilla avant de programmer la visite du roi Felipe dans les deux présides occupés, donner la nationalité espagnole aux Sahraouis nés durant la période coloniale (le 10 septembre 2026, la première chambre des Cortes Generales a adopté en séance plénière la proposition de loi facilitant l’accès à la nationalité espagnole aux Sahraouis nés au Sahara sous administration espagnole), quelle mouche a piqué les décideurs politiques en Espagne ?
En bref
- Les relations entre le Maroc et l’Espagne connaissent de nouvelles tensions autour de Sebta et Melilla.
- La crise migratoire de juillet à Sebta a ravivé les tensions entre Rabat et Madrid.
- Le rapprochement entre Madrid et Alger nourrit également les inquiétudes marocaines.
- La question de la nationalité espagnole des Sahraouis nés sous administration espagnole constitue un nouveau sujet de tension.
- Le statut de Sebta et Melilla reste au cœur du différend entre le Maroc et l’Espagne.
Comment réfléchissent les marionnettistes qui tirent les ficelles en Espagne ? Prenant prétexte de la crise des migrants qui a frappé Sebta en juillet dernier, Madrid a perdu toute mesure. Dans la situation gelée d’une Europe divisée, l’Espagne occupait jusqu’à présent dans l’imaginaire marocain une place flatteuse bien que surévaluée.
Sa situation géographique, voisine du nord, face à une Europe politiquement inhibée, partenaire privilégié du royaume, compagnon obligé dans la construction d’un Maghreb apaisé, l’Espagne s’éloigne-t-elle de nos rivages ? Toujours est-il que le rapprochement – de quelque forme qu’il soit – de Madrid avec Alger n’empêche pas les Marocains de dormir.
La seule lecture de l’actualité qui vaut, c’est que l’avenir n’appartient pas au passé, que la capacité de dissuasion du royaume diminue les passions nationalistes dégénérées de certains courants ibères.
Et tout indique en effet que Bruxelles sera contrainte de mettre l’Espagne au pied du mur en refusant notamment de mettre le doigt dans l’engrenage de Sebta et Melilla, convaincue que l’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats.
Sebta et Melilla, les derniers vestiges de la colonisation
En réalité, ce dont a peur l’Espagne, c’est de devoir dans un temps proche revenir au principe de réalité qui régit désormais les relations internationales, malgré l’intrusion du Trumpisme qui débarque comme un éléphant dans un magasin de porcelaine au moment où le terme « décolonial » est utilisé de manière très fréquente dans le champ politique et médiatique.
Une école de pensée pragmatique, qui n’hésite plus à dénoncer le caractère factice des « indépendances » qu’ont connues la plupart des pays africains au début du siècle, alors même que l’histoire moderne et contemporaine évoque justement des anachronismes comme ceux de Sebta et Melilla (deux villes marocaines, situées sur le territoire marocain et que l’Espagne continue à considérer comme des villes espagnoles), dénonçant au passage les ingérences et les velléités impérialistes ibériques qui participent à maintenir en l’état ses rapports avec le pays anciennement colonisé.
Les modalités propres à l’entreprise coloniale espagnole, qui avaient été imaginées entre le XVIe et le XIXe siècle, n’ont plus de raisons d’être et de perdurer dans un choix axé définitivement sur l’eurocentrisme. Et on voit mal l’Union européenne céder aux sollicitations de Madrid pour considérer les deux présides occupés comme faisant partie de l’espace européen. Ce qui déboucherait sans aucun doute sur une radicalisation de la critique marocaine d’une lecture erronée de l’histoire avec les conséquences graves d’une prise de distance du royaume vis-à-vis des Européens.
L’Espagne se doit de regarder la réalité en face. Sebta et Melilla sont des villes marocaines et, plus tôt on les restituera au royaume, mieux ce sera pour la stabilité de la région. Le Maroc n’est plus ce pays sur lequel on pouvait s’essuyer les pieds au nom du capitalisme européen, du racisme, de la modernité ou de la colonialité.
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Vos questions sur Sebta et Melilla
Pourquoi Sebta et Melilla sont-elles au cœur des tensions entre le Maroc et l’Espagne ?
Sebta et Melilla sont deux villes situées sur le territoire marocain et administrées par l’Espagne, dont le statut constitue un sujet de différend entre Rabat et Madrid.
Quel est le contexte récent autour de Sebta ?
La crise migratoire qui a frappé Sebta en juillet 2026 a ravivé les tensions entre le Maroc et l’Espagne.
Pourquoi le rapprochement entre Madrid et Alger inquiète-t-il Rabat ?
Le rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie intervient dans un contexte régional marqué par les tensions autour du Sahara et des relations entre les trois pays.
Que prévoit la proposition de loi espagnole sur la nationalité des Sahraouis ?
La proposition adoptée par le Congrès espagnol le 10 septembre 2026 facilite l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés au Sahara sous administration espagnole.
Quelle est la position du Maroc sur Sebta et Melilla ?
Le Maroc revendique la marocanité de Sebta et Melilla et demande leur restitution.
