Cette décision de justice espagnole qui fait chavirer la « digue migratoire » de l’Europe

Jeunes migrants marocains entourés par des membres des forces « Regulares » de l’armée espagnole près du poste-frontière de Sebta, le 2 août 2026. © AFP
Après la crise provoquée par l’afflux de dizaines de milliers de personnes vers le préside occupé de Sebta, au cours de laquelle des migrants ont perdu la vie, les autorités marocaines ont vivement réagi aux allégations formulées par l’Espagne.
En bref
- Le Maroc attribue la crise migratoire à Sebta à une décision de justice espagnole.
- Rabat estime que cette décision a affaibli le dispositif de reconduite des migrants.
- Les autorités marocaines dénoncent l’absence d’anticipation des autorités espagnoles.
- Le Royaume réaffirme que la gestion de la migration est une responsabilité partagée.
- Le Maroc met en avant son bilan : 160 000 tentatives de migration déjouées en deux ans et 632 réseaux démantelés.
Une source gouvernementale marocaine a affirmé, lundi 3 août à Rabat, qu’un juge espagnol ne peut pas démanteler le dispositif de lutte contre l’immigration clandestine puis demander au Royaume du Maroc d’en assumer les conséquences.
Selon la même source, « la digue migratoire n’a pas cédé sous les passeurs, mais sous une décision de justice espagnole ». « Le Maroc, lui, n’a jamais failli » à ses engagements et responsabilités, a-t-elle ajouté. Elle a rappelé que, le 8 juillet dernier, un juge espagnol a décidé que l’arrivée par voie maritime de migrants en situation irrégulière les mettait à l’abri de la reconduite automatique, « qui est au cœur de notre dispositif dissuasif ».
Une décision qui aurait favorisé les réseaux de passeurs
Aux yeux des trafiquants, des passeurs et des candidats à l’immigration clandestine, cette décision « a purement et simplement immunisé l’accès illégal par voie maritime », a expliqué la même source.
En conséquence directe, a-t-elle déploré, « l’élément dissuasif du dispositif s’est effondré et la digue a cédé, sous le poids non pas des criminels, mais d’une décision d’un juge ».
Ce jugement « était bien connu des autorités espagnoles : elles ne pouvaient pas ignorer qu’il fragilisait tout le dispositif », a poursuivi la source gouvernementale.
Elle s’est interrogée : « Est-ce que quelqu’un a alerté le Maroc pour se préparer ? Non ! Quelqu’un a anticipé des conséquences pourtant très prévisibles ? Non ! »
« Il n’est donc pas surprenant, dans ces conditions, que les réseaux aient saisi l’opportunité », a-t-elle souligné, concluant que le véritable « game changer » réside dans « ce décalage entre le facteur déclencheur (la décision du juge) et la réaction tardive ».
La migration, une « responsabilité partagée »
Le Royaume du Maroc a toujours agi en partenaire « souverain, loyal et responsable » dans la lutte contre l’immigration clandestine, a affirmé la même source gouvernementale, soulignant que la gestion de la migration constitue une « responsabilité partagée » dans laquelle le Maroc a « toujours assumé sa part ».
« Le Maroc n’a jamais rien fait sous la pression, ni agi par obligation ou sous le coup du chantage », a insisté la même source, assurant que « l’engagement et la responsabilité ont toujours été les motifs de notre action ».
Elle a ajouté que la migration est « un phénomène complexe où chacun doit assumer ses responsabilités », précisant que « nous assumons les nôtres pleinement ».
Le Maroc met en avant son bilan
La source gouvernementale a rappelé que, si le flanc ouest de la Méditerranée est depuis plusieurs années le moins problématique pour l’Europe, « ce n’est pas parce qu’il n’est pas prisé par les réseaux de trafic d’êtres humains, mais parce que le Maroc a mobilisé efficacement des moyens considérables, et continue de le faire ».
Des moyens humains, techniques et financiers importants ont ainsi été mobilisés.
Selon les chiffres avancés, 74 000 tentatives de migration clandestine ont été déjouées en 2025 et 79 000 en 2024, soit près de 160 000 sur deux ans. Au cours de cette même période, 632 réseaux d’immigration clandestine ont été démantelés et plus de 32 000 personnes ont été secourues en mer. Sur les cinq dernières années, plus de 360 000 tentatives de migration clandestine ont été empêchées.
Vos questions sur la réaction du Maroc après la crise migratoire à Sebta
Pourquoi le Maroc critique-t-il une décision de justice espagnole ?
Rabat estime qu’elle a supprimé l’effet dissuasif de la reconduite automatique des migrants arrivés par voie maritime.
Quelle est la position du Maroc sur la gestion des migrations ?
Le Royaume affirme qu’il s’agit d’une responsabilité partagée entre les pays concernés.
Que reproche Rabat aux autorités espagnoles ?
De ne pas avoir anticipé les conséquences de cette décision judiciaire ni alerté le Maroc.
Quels chiffres le Maroc met-il en avant ?
74 000 tentatives de migration clandestine déjouées en 2025, 79 000 en 2024, 632 réseaux démantelés et plus de 32 000 sauvetages en mer sur deux ans.
Pourquoi le Maroc évoque-t-il le flanc ouest de la Méditerranée ?
Pour souligner que cette route migratoire reste relativement maîtrisée grâce aux moyens déployés par le Royaume.
