Too Fuse : l’Égypte entre Afrique et Méditerranée

 Too Fuse : l’Égypte entre Afrique et Méditerranée

Too Fuse fait dialoguer influences africaines, méditerranéennes et musique électronique. crédit photo : The band

Too Fuse, duo égyptien né de la rencontre de deux musiciens liés depuis plus de vingt ans, fait dialoguer musiques africaines, influences moyen-orientales, sonorités méditerranéennes et électronique. Entre Alexandrie et Le Caire, le groupe construit une musique instrumentale ouverte à l’improvisation. Invité dans le cadre de la Saison Méditerranée, Too Fuse raconte son évolution, son album Ard et son prochain projet consacré aux questions sociales.

En bref

  • Too Fuse réunit deux musiciens égyptiens qui se connaissent depuis plus de vingt ans.
  • Le duo puise dans les musiques africaines, moyen-orientales et méditerranéennes.
  • Leur premier album, Ard (« Terre »), porte un message lié à la protection de la planète.
  • Leur prochain projet devrait aborder des questions sociales, notamment l’expérience de ceux qui vivent loin de leur pays.

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment est né Too Fuse ?

Too Fuse : Nour et moi sommes amis depuis très longtemps. Nous avons joué ensemble dans plusieurs projets et avec différents groupes. Cela fait probablement plus de vingt ans que nous nous côtoyons en tant que musiciens. Nour vient d’Alexandrie et moi du Caire. Nous nous retrouvions surtout au Caire, mais depuis quelque temps, nous travaillons également beaucoup à Alexandrie, notamment autour de Too Fuse. Au départ, nous nous réunissions simplement pour travailler, répéter et composer. Ensuite, nous avons participé ensemble à différents projets musicaux et donné de nombreux concerts. C’est de là qu’est née l’idée de créer quelque chose ensemble. J’ai commencé à réfléchir à des compositions différentes, tandis que Nour s’intéressait davantage à la musique électronique.

Vous considérez-vous comme la nouvelle génération de la musique égyptienne ?

Too Fuse : Non, nous appartenons plutôt à l’ancienne génération… Enfin, disons que nous sommes entre les deux (rires).  Au début, nous ne travaillions pas vraiment avec l’électronique. Nos compositions étaient pensées pour un groupe complet. Il y avait une batterie jouée en direct, une basse, un clavier, deux percussionnistes et un violon. C’était un groupe instrumental : nous proposions uniquement des compositions musicales. Mais la musique évolue très rapidement. Aujourd’hui, une musique peut sembler dépassée au bout de trois ans, parfois même au bout d’un an. Il faut donc constamment se renouveler et faire évoluer son travail. Nous continuons à jouer de vrais instruments sur scène, mais nous avons ajouté des touches électroniques. Elles permettent de soutenir et d’enrichir nos compositions. Cela permet aussi aux nouvelles générations de mieux recevoir cette musique et d’avoir envie de l’écouter. Si elle restait toujours sous la même forme, elle risquerait de ne pas survivre. La vie change, la musique doit donc évoluer avec elle.

Too Fuse
crédit photo : Luc Jennepin

Quels instruments utilisez-vous ?

Too Fuse : Nour joue du saxophone, de la flûte, de la flûte de Pan et des percussions. Pour ma part, je joue de la basse, de la guitare et des instruments électroniques. Je m’intéresse également à certains instruments traditionnels, comme le guembri. J’apprends encore à en jouer. Je joue aussi un peu d’un instrument érythréen appelé le krar, ainsi que du oud.

Comment définiriez-vous l’identité musicale de Too Fuse ?

Too Fuse : C’est un mélange de musiques africaines et moyen-orientales, auquel nous ajoutons de l’électronique et une sensibilité plus occidentale. C’est ce qui façonne l’identité musicale de Too Fuse, entre Égypte, Afrique et Méditerranée.

Quelle place accordez-vous à l’improvisation sur scène ?

Too Fuse : Une place très importante. Une grande partie de la musique électronique repose elle-même sur l’improvisation. On voit par exemple beaucoup de DJ jouer avec un saxophoniste ou un violoniste. Ce genre musical se prête naturellement à l’improvisation. Il y a donc énormément de passages improvisés dans notre spectacle. C’est essentiel pour créer une interaction avec le public. Les spectateurs aiment voir quelqu’un jouer réellement d’un instrument devant eux. Ils sentent alors que le musicien leur offre quelque chose de sincère. Cela vient du cœur et naît dans l’instant. Nous essayons de trouver un équilibre : le public doit pouvoir écouter la musique, mais aussi bouger avec elle.

Too Fuse
crédit photo : Luc Jennepin

La Saison Méditerranée correspond-elle à l’identité de votre musique ?

Too Fuse : Bien sûr. Notre musique porte clairement une influence méditerranéenne. Nour vient d’Alexandrie. Il est donc particulièrement influencé par les musiques de la Méditerranée et par la mer elle-même. Il est très ouvert à cet univers. De mon côté, je suis davantage tourné vers les musiques africaines. C’est de la rencontre entre ces deux sensibilités que vient notre mélange. Cette atmosphère méditerranéenne se retrouve dans plusieurs de nos morceaux. Nous avons même tourné à Alexandrie, au bord de la mer. Lorsque les gens écoutent cette musique, ils peuvent avoir l’impression de se trouver quelque part dans l’espace méditerranéen. Too fuse crée une jonction entre Afrique et Méditerranée. C’est précisément ce mélange qui constitue notre identité, aussi bien dans la musique que dans les paroles.

Après Ard, quelle sera la prochaine étape pour Too Fuse ?

Too Fuse : Nous travaillons actuellement sur un nouveau projet. Nous aimerions proposer quelque chose qui pourrait prendre la forme d’un album. Mais nous ne voulons pas simplement enregistrer un album musical sans véritable propos. Il faut qu’il existe un concept et un sujet exprimant ce que nous voulons transmettre. Notre premier album s’intitulait Ard, ce qui signifie « Terre ». Son idée centrale était la nécessité de préserver la planète, la nature, les plantes et cette terre sur laquelle nous vivons.

Pourquoi avoir placé la Terre et l’environnement au cœur de Ard ?

Too Fuse : Je pense que le monde entier en souffre aujourd’hui. La Terre est en train de se dégrader sous nos yeux. Nous devons en prendre conscience, réagir et commencer à en prendre soin. En tant que musiciens, notre rôle consiste aussi à transmettre des messages et à attirer l’attention du public, mais de manière indirecte. Nous voulons dire aux gens : « Faites attention à ce qui est en train de se passer. » Notre dernier morceau porte d’ailleurs le même nom que l’album : Ard. Il parle de la Terre, de ses différentes formes de vie et de ce qui l’habite. Notre prochain projet sera davantage tourné vers les questions sociales. Il abordera notamment les difficultés rencontrées par les personnes qui vivent loin de leur pays.

groupe Too Fuse
crédit photo : The band

Foire aux questions sur Too Fuse

Qui est Too Fuse ?

Too Fuse est un duo égyptien formé par deux musiciens qui collaborent depuis plus de vingt ans. L’un vient d’Alexandrie et l’autre du Caire.

Quel style de musique joue Too Fuse ?

Too Fuse mélange musiques africaines, influences moyen-orientales, sonorités méditerranéennes et musique électronique, avec une place importante accordée aux instruments joués en direct.

Que signifie Ard ?

Ard signifie « Terre ». Le premier album de Too Fuse s’articule autour de la protection de la planète, de la nature et des différentes formes de vie.

Quel sera le prochain projet de Too Fuse ?

Le duo envisage un nouveau projet construit autour d’un concept. Après les questions environnementales abordées dans Ard, Too Fuse souhaite s’intéresser davantage aux questions sociales et aux personnes vivant loin de leur pays.

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.