Alkalsaat : « Être artiste palestinien, c’est ne pas abandonner »

crédit photo : Luc Jennepin
Alkalsaat est un groupe palestinien, composé de Shaden Nohra (violon), Nasser Raed (batterie) et Michel Tautry (guitare et basse). Invité au premier Arabesques Music Forum à Montpellier, ils revendiquent une musique instrumentale libre, nourrie de jazz, d’improvisation et de multiples influences. Entre identité palestinienne, Méditerranée, joie et création artistique, ses musiciens racontent une musique qui refuse les catégories autant que le renoncement.
En bref
- Alkalsaat est un groupe palestinien qui revendique une musique instrumentale libre, expérimentale et principalement associée au jazz.
- Pour le groupe, être artiste palestinien signifie continuer à poursuivre ses aspirations et ses rêves malgré les difficultés.
- Alkalsaat ne considère pas la musique comme une échappatoire, mais comme une manière « d’exprimer la vie ».
- Le groupe revendique aussi une identité méditerranéenne, faite de diversité et d’expériences partagées.

Que signifie Alkalsaat et comment décririez-vous votre musique ?
Alkalsaat : Alkalsaat signifie « les chaussettes » en arabe palestinien. Nous voulions choisir un nom qui nous offre un très grand champ de possibilités. Il y a aussi le côté comique du nom. Nous aimons les chaussettes (rires). Nous voulions que le nom soit comme notre musique, colorée, brute, improvisée, joyeuse,… Et puis, les chaussettes peuvent être très différentes. Il y en a des habillées, des courtes, des longues, d’hiver ou d’été. Notre musique ressemble à ça.
Quelles traditions musicales ont façonné votre son et comment les faites-vous cohabiter ?
Alkalsaat : Il n’y a pas une seule tradition. Tout d’abord, individuellement, chacun suit son propre chemin et nous sommes très différents. L’idée principale de notre musique, c’est justement cette diversité. Nous ne voulons pas appartenir à une seule tradition. Évidemment, en tant que Palestiniens et Arabes, la musique arabe fait partie de notre environnement. Mais nous ne faisons pas de musique arabe. Nous ne jouons pas d’instruments arabes. Je pense que le mot qui correspond le mieux à notre musique, c’est le jazz, mais avec énormément de variations et d’influences.
Vous ne souhaitez donc pas être catégorisés comme un groupe de musique arabe ?
Alkalsaat : Non, nous ne faisons pas de musique arabe. Nous apportons nos origines arabes dans la musique que nous faisons. nous avons un esprit palestinien plutôt !
Que signifie être artiste palestinien aujourd’hui ?
Alkalsaat : Être artiste palestinien, cela signifie ne pas abandonner ses aspirations et ses rêves. Même lorsque tout ce qui nous entoure, toute la réalité, nous dit que nous devrions partir. C’est un environnement dans lequel la survie occupe une place très importante. Et dans ces conditions, choisir de poursuivre une pratique artistique n’a rien d’évident. Choisir l’art et choisir de nous exprimer est probablement l’une des choses les plus profondes que nous puissions faire en tant que Palestiniens.
La musique est-elle une façon d’échapper à cette réalité ?
Alkalsaat : Non, il ne s’agit pas de s’échapper. Il s’agit d’exprimer la vie au milieu de toutes ces difficultés et de ne pas abandonner. Il existe beaucoup de chemins plus faciles et de carrières plus simples à poursuivre lorsque l’on est Palestinien. Mais nous sommes des artistes dans l’âme et nous aimons nous exprimer.

Quel sentiment souhaitez-vous faire naître chez le public ?
Alkalsaat : La vie. L’expression de la vie et de la joie face à ce que nous vivons aujourd’hui. Je pense que l’histoire se trouve dans l’album lui-même, parce qu’il est très divers. Nous avons des morceaux plus profonds, dans lesquels nous exprimons des émotions plus profondes et qui sont plus longs. Et nous avons des morceaux qui expriment des sentiments différents. L’histoire, c’est toute notre musique. S’il y a un morceau dont nous pouvons parler, c’est « Koffer Groove ». C’est un morceau de l’album et le premier que nous avons composé ensemble. Il vous emmène dans un voyage. Il commence avec une sonorité occidentale, traverse ensuite une partie psychédélique, puis évolue vers une sonorité orientale.
Vous parlez beaucoup de voyage. Vous êtes ici au bord de la Méditerranée : vous sentez-vous méditerranéens ? Et qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Alkalsaat : La Méditerranée est extrêmement diverse. Chaque région possède une vie totalement différente, même si nous partageons la même mer et la même eau. Mais il y a aussi des choses qui passent d’un pays à l’autre. On retrouve une même nature, une même nourriture, une certaine facilité de vivre, des gens heureux, de la bonne nourriture, une bonne météo…
Que souhaitez-vous transmettre au public : de l’espoir, de la vie, des émotions ?
Alkalsaat : D’abord, peut-être, l’envie de se connecter à la musique instrumentale, plutôt qu’à une voix. Nous sommes instrumentistes et nous aimons exprimer la musique par les instruments, et non par la voix.
Que peut-on souhaiter à Alkalsaat maintenant ?
Alkalsaat : Notre rêve, c’est de ne jamais abandonner.
Autres concerts :
- Bordeaux : 24 septembre au Rocher de Palmer
- Paris : 25 septembre au Wrong Side
- Valence (Espagne) : 2 octobre au Burning House
- Valence (Espagne) : 4 octobre à la Fabrica de Hielo
- Amman (Jordanie) : 07 octobre au JMC
- Amman (Jordanie) ; 10 octobre au Corners Pub
Foire aux questions sur Alkalsaat
Quel type de musique joue Alkalsaat ?
Alkalsaat associe principalement sa musique au jazz, tout en revendiquant de nombreuses influences, l’improvisation et l’expérimentation. Le groupe décrit sa musique comme colorée, brute, improvisée et joyeuse.
Alkalsaat joue-t-il de la musique arabe ?
Les musiciens expliquent qu’ils ne définissent pas leur travail comme de la musique arabe. Ils revendiquent néanmoins leurs origines et affirment : « Nous apportons nos origines arabes dans la musique que nous faisons. »
Que signifie être artiste palestinien pour Alkalsaat ?
Pour le groupe, être artiste palestinien signifie notamment ne pas abandonner ses aspirations et ses rêves malgré les difficultés. Les musiciens présentent la création comme une manière d’exprimer la vie plutôt que d’échapper à la réalité.
