Flottille Soumoud : une quinzaine de militants arrêtés après une manifestation à Tunis

 Flottille Soumoud : une quinzaine de militants arrêtés après une manifestation à Tunis

La mobilisation en soutien aux détenus de la flottille Al Soumoud, en grève de la faim, connaît un nouveau rebondissement en Tunisie, sous forme d’escalade dans la répression.

Au lendemain d’une manifestation organisée ce week-end dans les rues de la capitale précisément pour réclamer leur libération, une quinzaine de militants ont été à leur tour interpellés à leurs domiciles respectifs par les forces de police dans la nuit de dimanche à lundi 21 septembre. Parmi eux figurent plusieurs participants au mouvement de soutien, alors que les autorités judiciaires semblent désormais durcir leur réponse aux slogans et expressions jugés offensants à l’égard du pouvoir et du chef de l’État.

 

Une vague d’arrestations au lendemain de la marche

Le Comité national de défense des activistes de la flottille Al Soumoud a annoncé, dans un communiqué publié dans la soirée du dimanche 20 septembre, l’arrestation de plusieurs participants à la mobilisation organisée la veille à Tunis. Selon cette structure, Adel Ben Ghazi et Meriem Halfawi, membres du mouvement réclamant la libération des militants de la flottille, figurent parmi les personnes interpellées. Souheil Chaâbi et Thouraya Chtiba sont également cités parmi les personnes arrêtées.

Le comité évoque au total une quinzaine d’arrestations, intervenues quelques heures après la manifestation du samedi 19 septembre. Celle-ci avait rassemblé plusieurs centaines de personnes et s’était achevée devant le Théâtre municipal de Tunis, après un parcours depuis le siège du Syndicat national des journalistes tunisiens, sur l’avenue Habib-Bourguiba. Les manifestants réclamaient notamment la libération de quatre membres de la direction de la flottille, détenus depuis mars et dont la détention préventive a récemment été prolongée de quatre mois.

Dans un premier temps, le Comité national de défense indiquait ne disposer d’aucune information sur les motifs précis des interpellations ni sur le lieu de détention. Des avocats ont toutefois indiqué que plusieurs personnes seraient détenues à l’Aouina. Mais des sources judiciaires évoquent désormais des poursuites liées à des slogans considérés comme insultants ou menaçants à l’égard du président de la République Kaïs Saïed.

 

Le précédent Seif Eddine Arfaoui

Cette nouvelle série d’arrestations intervient dans un contexte où les poursuites pour des propos visant le chef de l’État font l’objet d’une attention accrue. Le cas de Seif Eddine Arfaoui, militant du mouvement Nafas, constitue à ce titre un précédent récent.

Arrêté en août dernier après avoir initié des slogans sur « la santé mentale du président » lors d’une manifestation, Arfaoui a été condamné le 31 août à 18 mois de prison par le tribunal de première instance de Tunis. Selon les éléments rapportés par son comité de défense, les poursuites ont notamment été engagées sur le fondement de l’article 86 du Code des télécommunications.

Son affaire illustre la sensibilité croissante du pouvoir judiciaire aux expressions publiques visant la présidence. Elle constitue également un point de référence pour comprendre les inquiétudes suscitées par les arrestations intervenues après la manifestation de soutien à Al Soumoud.

Pour les nouveaux interpellés, les suites judiciaires restent toutefois à préciser. Leurs avocats devront notamment déterminer les éventuelles qualifications pénales retenues et les modalités de leur détention. Dans l’immédiat, cette vague d’arrestations élargit encore le périmètre de la mobilisation autour des détenus de la flottille : après les militants arrêtés dans le cadre de l’affaire Al Soumoud, ce sont désormais des personnes venues réclamer leur libération qui se retrouvent elles-mêmes confrontées à la justice.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie