Tunisie-UE : après huit ans de suspension, le dialogue parlementaire reprend à Bruxelles

Près de huit années après sa dernière session, la Commission parlementaire mixte Tunisie-Union européenne a repris ses travaux jeudi 5 novembre à Bruxelles. Derrière les déclarations de bonne volonté, la rencontre a surtout permis à Tunis de remettre sur la table plusieurs dossiers sensibles : migration, contrôle des frontières, révision de l’accord d’association de 1995 et restitution des fonds détournés. Une reprise du dialogue qui intervient dans un contexte où les relations tuniso-européennes cherchent un nouvel équilibre.
La quatrième session de cette commission, coprésidée par le député tunisien Riadh Jaïdane et le député européen Ruggero Razza, marque officiellement la reprise d’un mécanisme de dialogue parlementaire resté en sommeil pendant près de huit ans, sans explication officielle. Au-delà du caractère institutionnel de cette rencontre, le rendez-vous revêt une portée politique particulière : il intervient alors que le partenariat entre Tunis et Bruxelles traverse une période de redéfinition, notamment depuis la signature, en juillet 2023, du mémorandum d’entente sur le « partenariat stratégique et global ».
Côté européen, le ton se veut constructif. Ruggero Razza a présenté la Tunisie comme « un partenaire de premier plan de l’Union européenne », soulignant le respect mutuel et la responsabilité partagée face aux défis régionaux. La partie tunisienne a, elle, cherché à rappeler que « la relance du dialogue ne saurait signifier un retour au statu quo ». Riadh Jaïdane a insisté sur l’indépendance des décisions tunisiennes, la diversification des relations internationales et la nécessité de défendre les intérêts nationaux.
Migration : Tunis refuse de réduire le partenariat au contrôle des frontières
C’est sans surprise le dossier migratoire qui a constitué l’un des principaux points de friction. Pour la Tunisie, la lutte contre la migration irrégulière ne peut se résumer à une mission de surveillance des frontières ou à la prévention des départs vers l’Europe. Riadh Jaïdane a plaidé pour une approche plus globale, intégrant le développement ainsi que les dimensions sécuritaire et humanitaire, afin de traiter les causes profondes des migrations dans les pays d’origine.
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Le message tunisien est également politique : Tunis refuse que le pays devienne un espace de transit ou d’installation pour les migrants en situation irrégulière. Une position qui s’inscrit dans la volonté des autorités de ne pas faire de la coopération migratoire le principal, voire l’unique, contenu de la relation avec l’Union européenne.
Le débat renvoie ainsi directement au mémorandum de 2023, qui avait placé la migration et la mobilité parmi ses principaux axes, parallèlement à la stabilité macroéconomique, au commerce, à l’investissement et à la transition énergétique.
Mais Tunis veut désormais élargir le champ de la coopération. La partie tunisienne a notamment proposé de développer des programmes communs dans la formation, la recherche scientifique, la mobilité des compétences et l’intelligence artificielle, avec un soutien aux start-up et des projets pilotes. Une manière de faire valoir une conception du partenariat moins centrée sur les urgences migratoires.
Accord de 1995 et fonds détournés : les autres exigences de Tunis
Autre revendication importante : la révision de l’accord d’association conclu en 1995. Pour les autorités tunisiennes, le cadre actuel doit être « plus adapté aux nouvelles réalités économiques et géopolitiques ». En clair, Tunis réclame ainsi une relation plus équilibrée, équitable et mutuellement bénéfique.
La question économique est donc appelée à prendre davantage de place dans ledit partenariat. Accès au marché européen, investissements à forte valeur ajoutée, coopération financière et scientifique, transition énergétique et numérique figurent parmi les domaines dans lesquels Tunis souhaite obtenir davantage de retombées concrètes.
La restitution des fonds détournés de l’ancien régime constitue l’autre dossier sensible remis sur la table, impulsé par le Palais de Carthage. Riadh Jaïdane l’a présentée comme une priorité et comme « un droit du peuple tunisien ». La déclaration commune adoptée à l’issue de la session appelle d’ailleurs à poursuivre les efforts en vue de récupérer ces fonds.
Au terme de cette première reprise, les deux parties ont donc affiché leur volonté de relancer le partenariat stratégique sur la base de la réciprocité et des intérêts mutuels. Reste désormais à savoir si cette nouvelle séquence parlementaire permettra de dépasser les divergences persistantes et le simple affichage diplomatique.
