« Ce n’est pas un conflit religieux », Imen Habib, au sujet des évènements de Jérusalem

 « Ce n’est pas un conflit religieux », Imen Habib, au sujet des évènements de Jérusalem

Des Palestiniens se rassemblant pour la 3e prière du vendredi du Ramadan à la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem, scandent des slogans anti-Israël, le 22 avril 2022. Mostafa Alkharouf / AGENCE ANADOLU / Agence Anadolu via AFP

Imen Habib est coordinatrice de l’Agence Média Palestine. Outrée d’entendre parler de « heurts », de « conflits religieux » dans les médias mainstream, elle a pensé qu’il était important de rappeler le contexte pour comprendre ce qu’il se passe actuellement à Jérusalem.

Depuis près d’une semaine, des extrémistes juifs multiplient les provocations aux abords de l’Esplanade des Mosquées. Des provocations qui ont fait plus de 250 blessés, côté palestinien. L’armée israélienne aurait également arrêté près de 500 personnes, selon les ONG palestiniennes.

 

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Les médias parlent « d’un conflit religieux » pour expliquer la situation actuelle à Jérusalem. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas un « conflit religieux » ni des « heurts » comme vous avez pu l’entendre. Cette utilisation du terme « conflit religieux » ne permet pas de rendre compte de la situation d’oppression coloniale subie par les palestinien.ne.s.

Cette nouvelle offensive contre les palestinien.ne.s à Jérusalem est avant tout l’attaque d’une puissance occupante lourdement armée, Israël, contre la population civile qu’elle occupe et qu’elle opprime continuellement et particulièrement pendant le ramadan, mois le plus saint de l’année pour les palestinien.ne.s musulman.e.s.

Vous pointez également la responsabilité de l’armée israélienne ?

Effectivement. La police israélienne a envahi la mosquée Al Aqsa, l’un des sites les plus sacrés pour les musulmans, attaquant les Palestiniens alors qu’ils se rassemblaient pour prier vendredi à l’aube.

Elle a tiré des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles en acier recouvertes de caoutchouc sur des Palestiniens priant à l’intérieur de la mosquée, ainsi que sur des journalistes, des médecins, des personnes âgées et des enfants sur l’Esplanade, blessant au moins 158 Palestiniens, depuis jeudi dernier. Plus de 400 Palestiniens ont été arrêtés depuis vendredi dernier.

Vous dites que les événements actuels ont été planifiés…

Oui. Israël attaque les fidèles palestinien.ne.s chaque mois de ramadan. Selon l’écrivain – journaliste palestinien Majd Kayyal interviewé par l’Agence Média Palestine le 17 avril 2022, l’une des particularités de cette nouvelle attaque est le nombre beaucoup plus important de l’unité « Moustaribin ».

C’est l’unité la plus dangereuse pour les palestinien.ne.s, car ses soldats déguisés en Palestiniens se dissimulent  parmi des milliers de civils dans la vieille ville et utilisent en général des balles réelles contre la population.

Toujours selon Majd Kayyal, le principal objectif d’Israël à travers ces attaques est d’essayer d’effacer l’identité palestinienne. C’est une guerre israélienne de contrôle de la ville de Jérusalem, et le nettoyage ethnique actuellement en cours dans la ville vise à maintenir une démographie juive à Jérusalem.

300 000 Palestiniens habitent à Jérusalem-Est aujourd’hui. On constate que le principal outil des autorités israéliennes pour essayer de les faire partir est de détruire les lieux de vie sociale des Palestinien.ne.s, c’est-à-dire les lieux où ils se réunissent, notamment Al Aqsa et la vieille ville et particulièrement la porte de Damas.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.