Ibrahim Mahama : quand le Ghana pousse les portes de la Fondation Cartier

Au Ghana, des femmes participent au travail autour des bouteilles en verre récupérées par Ibrahim Mahama.
À partir du 22 octobre, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama investit le nouveau bâtiment parisien de la Fondation Cartier. Avec neuf artistes et collectifs associés, il transforme l’exposition en espace de mémoire, de transmission et de réflexion sur les futurs africains.
En bref
- Ibrahim Mahama présente Le Temps des récoltes du 22 octobre au 28 février 2027.
- L’exposition réunit neuf artistes et collectifs venus de plusieurs horizons africains.
- L’artiste ghanéen y présente des œuvres nouvelles et des installations inédites.
- Une ancienne usine de bouteilles du Ghana devient l’une des pièces centrales du projet.
- La Fondation Cartier poursuit son ouverture aux scènes artistiques africaines.
>> Lire aussi : Fès célèbre les dialogues africains de l’artisanat d’art

>> Lire aussi : Coup de cœur Expo. Quand l’art dénonce les inégalités d’héritage
Un artiste qui travaille avec les traces
Ibrahim Mahama ne part pas de matériaux précieux. Il travaille avec ce que l’histoire laisse derrière elle.
Sacs de jute, bois, bouteilles, archives, fragments d’architectures industrielles : l’artiste ghanéen récupère ces objets et leur donne une nouvelle vie. Ils racontent les circulations des marchandises, le travail, les infrastructures et les héritages coloniaux et postcoloniaux du Ghana.
Les matériaux deviennent ainsi des archives. Ils témoignent des échanges commerciaux, des transformations économiques et des ambitions politiques qui ont façonné le pays.
Cette pratique lui a valu une reconnaissance internationale. En 2025, Mahama a notamment figuré parmi les premiers lauréats des Art Basel Awards Gold, distinction créée aux États-Unis par Art Basel, dans la catégorie des artistes établis.
>> Lire aussi : Confluences : Gestes et héritages partagés. Quand l’artisanat marocain dialogue avec l’Afrique
De Tamale à Paris
Le projet parisien prolonge un travail engagé par Mahama dans sa ville natale, Tamale, au nord du Ghana. Depuis 2019, l’artiste y développe une véritable infrastructure culturelle.
Après le Savannah Centre for Contemporary Art, il crée en 2020 Red Clay, un vaste complexe réunissant atelier, espaces d’exposition et de recherche. En 2021, il transforme un ancien silo à grains en Nkrumah Volini, un espace consacré à l’art et à l’éducation.
Le Temps des récoltes, titre de l’exposition présentée à la Fondation Cartier, prolonge cette démarche à Paris. Mahama ne conçoit pas l’exposition comme un simple parcours de ses œuvres. Il en fait un lieu où se croisent artistes, musiciens et publics, avec des performances, des rencontres et des débats.

Neuf artistes autour de Mahama
Le projet ne repose pas sur le seul parcours de l’artiste. Mahama invite neuf artistes et collectifs avec lesquels il entretient des liens de recherche, de collaboration ou d’échange.
La sélection réunit Dorothy Akpene Amenuke, Gideon Appah, James Barnor, le Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation Congolaise (CATPC), Courage Dzidula Kpodo, Zohra Opoku, Postbox Ghana, Tjaša Rener et Feda Wardak.
Leurs pratiques diffèrent, mais l’exposition les rassemble autour d’une même question : que faire aujourd’hui des imaginaires nés au moment des indépendances africaines des années 1950 et 1960 ?
Le passé n’est pas traité comme une période close. Il devient une matière à reprendre, à déplacer et à transformer.

Une nouvelle adresse pour la Fondation Cartier
Le choix du lieu ajoute une autre dimension au projet.
Depuis octobre 2025, la Fondation Cartier a quitté son bâtiment historique du boulevard Raspail pour s’installer 2, place du Palais-Royal, face au Louvre. Jean Nouvel a repensé les espaces intérieurs de cet ancien bâtiment du XIXe siècle.
Cinq plateformes mobiles permettent de modifier les volumes et les perspectives. La Fondation dispose désormais de 8 500 m² ouverts au public, dont 6 500 m² consacrés aux expositions.
Cette architecture modulable permet à Mahama de déployer des installations monumentales, mais aussi de créer des espaces destinés aux rencontres et aux performances.
>> Lire aussi : FIDADOC 2026 : l’Afrique en images et en récits
Paris, dernière étape d’un voyage
Avec Le Temps des récoltes, Mahama ne transporte pas simplement des œuvres du Ghana vers Paris. Il déplace des histoires, des objets et des lieux de mémoire.
Une usine abandonnée, des sièges de parlement, des sacs de jute ou des archives changent de contexte. À Paris, ils retrouvent un public qui ne connaît pas nécessairement leur histoire.
C’est peut-être là que se joue la véritable « récolte » de Mahama : faire revenir à la lumière ce que le temps avait laissé de côté, et offrir à ces objets une nouvelle vie sous les yeux du public.

