La députée LFI Ersilia Soudais dépose plainte après son agression en marge d’une conférence avec Salah Hamouri

 La députée LFI Ersilia Soudais dépose plainte après son agression en marge d’une conférence avec Salah Hamouri

Ersilia Soudais a été violemment prise à partie par des membres de l’Union des étudiants juifs de France, en marge d’une conférence avec Salah Hamouri, organisée le mardi 18 avril 2023, l’EHESS.

24h après son agression, Ersilia Soudais députée LFI de la 7ème circonscription de Seine-et-Marne est toujours sous le choc. En marge d’une conférence avec Salah Hamouri organisée ce mardi 18 avril à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (Ehess) de Paris, elle a été violemment prise à partie par un groupe d’individus, membres de l’Union des Etudiants Juifs de France (l’UEJF), venus protester contre la présence de l’avocat franco-palestinien.

Ce mercredi 19 avril, Ersilia Soudais a déposé une plainte contre X. Le groupe parlementaire de la France insoumise a tenu pour sa part à condamner « toute forme d’intimidation ou menace à l’encontre de nos élu∙es, et cela n’entamera pas notre détermination à lutter pour le respect des droits humains ». 

LCDL : Que s’est-il passé exactement hier soir ?

Ersilia Soudais : Avec ma collaboratrice et mon compagnon, nous nous sommes rendus à la conférence que donnait l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri à l’EHESS. Nous sommes arrivés à un mauvais moment, juste quand des membres de l’UEJF (NDLR) étaient en train d’être évacués par le service de sécurité de l’école, en plus des autres qui se regroupaient devant l’EHESS.

Malheureusement pour moi, un des membres m’a reconnue. Il s’est avancé vers moi, a brandi son poing comme s’il voulait me frapper et a crié : « Madame Soudais, vos idées sont dégueulasses ». Heureusement, mon compagnon s’est mis en travers pour tenter de repousser les deux membres les plus agressifs. Comme d’autres individus étaient en train de se faire évacuer, je n’ai pas pu accéder à la salle. A un moment, je me suis retrouvée écrasée entre plusieurs individus. Heureusement l’une des organisatrices de l’événement m’a reconnue et j’ai pu entrer in fine.

Il y a eu des soucis également en sortant de la conférence….

Effectivement. Vers 21h, on m’a fait sortir par une porte dérobée. Des militants de l’UEJF, dont le président qui m’attendait. Ils étaient posés dans une terrasse d’un bar. En nous voyant, ils se sont levés et ont commencé à nous suivre. Ils voulaient discuter avec nous. J’ai répondu : « Je ne discute pas avec des personnes qui m’ont agressée ».

Mon compagnon leur a demandé de nous laisser tranquille mais ils ont continué à nous suivre en nous filmant. Il a pu me mettre à l’abri dans un café un peu plus loin où nous avons pu appeler la police. Elle est arrivée et a contrôlé ceux qui nous avaient agressés.

Comprenez-vous que des membres de l’UEJF soient venus protester contre la présence de Salah Hamouri ?

Non, je ne la comprends pas. Salah Hamouri a le droit de s’exprimer chez lui en France. Il n’y a aucune loi française qui l’interdit. Chacun est libre de ne pas venir l’écouter. Ces individus sont juste venus provoquer et ils osent se plaindre ensuite d’avoir été évacués. Où étaient-ils quand M. Smotrich, ministre israélien raciste et homophobe est venu faire son discours à Paris il y a quelques semaines ?

Et quoi qu’on pense de Salah Hamouri, qu’on le pense coupable ou non, je vais reprendre les mots de la ministre des Affaires étrangères Catherine Colonna qui, le 7 décembre dernier, déclara : « M. Hamouri a purgé sa peine. A priori, dans un état de droit, quand on a purgé sa peine, on a payé sa dette à la société ». Qu’on le laisse donc tranquille.

Vous êtes régulièrement ciblée sur les réseaux sociaux. Comment l’expliquez-vous ?

Je suis jeune, j’ai 35 ans. Je suis une femme avec une grande gueule et je n’ai pas les codes de la bourgeoisie. Surtout, ils ne comprennent pas mon combat. Certains sont enfermés dans une seule cause. Je suis à la fois vice-présidente du groupe d’études à l’Assemblée contre l’antisémitisme, ce qui ne m’empêche pas d’être attachée aux droits du peuple palestinien.

J’ai également d’autres délégations à l’Assemblée, comme celle aux droits des femmes et à l’égalité des chances, également membre de plusieurs groupes d’études, allant de la condition d’accueil des migrants, en passant par l’handicap et l’inclusion, mais aussi en faveur de la ruralité. En définitif, je suis pour les droits humains. Tous les droits humains. Sans exception.

Allez-vous désormais être sur vos gardes ? 

Je n’avais jamais été agressée de la sorte. Les députés qui passent leur temps sur les réseaux sociaux à m’invectiver violemment nourrissent la haine. Ce qui s’est passé hier soir en est la conséquence. Que se passera-t-il la prochaine fois ? Heureusement que mon compagnon était présent. Est-ce que je vais être désormais sur mes gardes ? J’ai bien peur que oui. Et ce n’est pas normal.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.