Reda Kateb : “Pas besoin de préciser qu’un avocat est arabe ?”

 Reda Kateb : “Pas besoin de préciser qu’un avocat est arabe ?”

L’acteur Reda Kateb (crédit photo : Kenzo Tribouillard/AFP)


MAGAZINE MAI 2017


Dans le cadre de notre dossier sur "La diversité crève l'écran", Reda Kateb répond à nos questions sur la signification de la diversité et sur son parcours au cinéma


Que pensez-vous des rôles dévolus aux Franco-Maghrébins aujourd’hui ?


Même si je n’aime pas trop ce mot, je pense qu’il y a une plus grande diversité au cinéma. Il y a encore du chemin à parcourir pour que les films soient à l’image de la vie. Il ne s’agit pas de raconter des histoires d’immigrés mais de refléter la réalité de la société et de représenter sa diversité au cinéma. Exceptés Omar Sy et Lucien-Jean Baptiste, on ne voit quasiment pas d’acteurs noirs. Il y en a un peu plus originaires du Maghreb. Je ne suis pas forcément le mieux placé pour en parler car j’ai un faciès qui me permet de me faire passer pour un Stéphane, un Mohamed ou un gitan. L’étape cruciale réside dans l’écriture des rôles. A-t-on besoin de préciser dans le scénario qu’un avocat est noir ou arabe ? Au casting, on peut avoir des acteurs blancs, asiatiques, noirs, arabes… Et c’est le candidat le plus proche du rôle qui le décroche. Les quotas sont une ­manière ­artificielle de boucher les trous. L’important, c’est le talent d’où qu’il vienne. Et en France on a encore du mal avec ça !


 


Comment avez-vous réussi à vous forger un parcours aussi divers ?


Quand j’étais petit, je partais en tournée théâtrale avec mon père (Malek Kateb, ndlr). J’ai commencé à jouer à l’âge de 8 ans. Plus tard, au lycée, j’ai suivi des cours de théâtre C’est pendant les ­années de vaches maigres, durant lesquelles j’ai cumulé les petits boulots, que j’ai le plus appris. Je ne me voyais pas intégrer le conservatoire. J’ai été en contact avec un grand nombre de personnes dans des situations très diverses. Ces expériences restent une vraie source d’inspiration pour moi. Les Derniers Parisiens (film dans lequel il tient le rôle principal, sorti en 2016, ndlr) évoque justement le sentiment de légitimité. Comment se sentir légitime dans le métier d’acteur et le revendiquer ? Parfois, à nos débuts, on a du mal à l’affirmer aux autres ou à soi-même. C’est dans les regards extérieurs qu’on finit par lire cette reconnaissance. On est acteur quand on joue. Il n’y a pas de CDI. Tous les acteurs au générique des Derniers Parisiens, même ceux pour qui il s’agissait d’une première, étaient considérés comme tel dès lors qu’ils rentraient dans le champ de la caméra.


 


BIO EXPRESS


15 janvier 1977 Naissance à Ivry-sur-Seine


2013 : Bayard d’Or du meilleur comédien pour « Gare du Nord » au Festival international du film francophone de Namur


2014 Meilleur acteur pour « Qui vive » au Festival de Thübingen


2015 César du meilleur acteur dans un second rôle pour Hippocrate


2015 Prix Patrick Dewaere


2018 Nomination au César du meilleur acteur pour « Django » de Etienne Comar

Julien Le Gros