Amine le Conquérant : l’histoire de France vue du ciel

À Chambord, dans le Loir-et-Cher, le vidéaste Amine Le Conquérant obtient sa première autorisation officielle de tournage au drone (crédit photo : Stéphane Compoint / Only France via AFP)
Amine le Conquérant, de son vrai nom Amine Kassid, filme les châteaux de France comme d’autres racontent des vies. Grâce à ses vidéos tournées au drone, le vidéaste franco-marocain revisite le patrimoine français et redonne vie au roman national. Une démarche qui séduit un large public mais suscite aussi des critiques.
En bref
- Amine le Conquérant, de son vrai nom Amine Kassid, s’est imposé comme une figure originale de la vulgarisation historique.
- Le vidéaste franco-marocain réalise des vidéos aériennes consacrées aux châteaux de France.
- Son projet Les Châteaux réels vise à documenter 160 sites patrimoniaux à travers le pays.
- En un an, il a déjà filmé plus de 30 châteaux et publié une centaine de vidéos.
- Son film consacré à Versailles a contribué à faire connaître son travail auprès des institutions.
- Malgré des enquêtes et des signalements liés à certains tournages, son projet a poursuivi son développement.
- Il prépare désormais un livre et envisage de nouveaux formats audiovisuels en France et à l’international.

Documenter 160 châteaux
L’acteur et réalisateur franco-marocain Amine le Conquérant, de son vrai nom Amine Kassid, s’est imposé en un an comme une figure singulière du récit historique. À 39 ans, il ne correspond à aucun profil attendu du monde patrimonial. Ni historien, ni conservateur, ni guide. Et pourtant, il propose une lecture incarnée, accessible et profondément personnelle du roman national français.

À partir de ce moment, le décor devient sujet : l’homme d’image s’intéresse désormais à l’histoire, aux récits, aux figures qui ont traversé ces lieux. Ce qui n’était qu’un décor de fiction devient une porte d’entrée vers le réel.
Des années plus tard, cette fascination se transforme en projet structuré. Amine le Conquérant lance la série Les Châteaux réels et se fixe un objectif précis : documenter 160 châteaux en France. « J’ai choisi les plus beaux, avec la meilleure histoire et les plus connus. Ceux qui ont quelque chose à raconter. »
En un an, il en a déjà filmé 32. Une centaine de vidéos ont été publiées, souvent plusieurs pour un même site.
Redonner de la perspective
Car pour Amine le Conquérant, chaque lieu est un récit.« Chaque château a ses rois et ses reines sur plusieurs siècles. Chaque château a son histoire. Et du coup, je peux raconter différentes anecdotes qui font la grande histoire de France. »
Le drone devient alors un outil narratif. Il ne sert pas seulement à produire de belles images. Il permet aussi de redonner de la perspective, d’inscrire les lieux dans leur environnement et de créer une véritable immersion.
Cette manière de filmer ne s’est pas imposée sans heurts. Au départ, faute de réponse des institutions, il tourne sans autorisation. « Je n’avais pas de matière à leur montrer, je n’avais pas d’expérience. Ils n’allaient pas me dire oui, mais plutôt : “T’es qui toi ?” »
Il adopte alors une stratégie audacieuse. « Il fallait que j’utilise une manière détournée. J’ai fait les vidéos. Aujourd’hui, je leur demande pardon, je m’excuse, et après je diffuse. Là, j’ai de quoi montrer. »
Le tournage à Versailles devient un moment charnière. « Il fallait que je fasse quelque chose de grand pour que les gens me respectent. Et quel autre château que Versailles pouvait m’ouvrir les portes de tous les autres châteaux de France ? »
« Vous êtes une star chez nous »
À partir de là, les regards changent. Les institutions reconnaissent la qualité de son travail tout en lui rappelant les règles. « Ils aimaient mon travail, mais ils me disaient de ne plus recommencer sans consentement écrit. »
Les réticences tiennent autant à la sécurité qu’à la crainte d’un précédent. « Ils ont peur que d’autres personnes fassent pareil que moi et que ce soit la foire. Et puis il y a des choses interdites à filmer. Ils avaient peur que mon drone tape un mur ou abîme une statue. »
Depuis, Amine a fait évoluer sa pratique et certains tournages, comme celui de Chambord, se font désormais dans un cadre précis.
Son parcours a aussi été marqué par un épisode plus tendu. À la suite de signalements, une enquête est ouverte. « La direction de l’aviation civile m’a dit : “Vous êtes une star chez nous.” »
Il comprend rapidement pourquoi. « Parce que vous avez filmé Versailles et on a plusieurs dossiers de plainte contre vous. »
Il est auditionné pendant plusieurs heures. « Ils voulaient savoir pourquoi je faisais ça, quel était mon but. »
L’enquête s’étend à plusieurs châteaux. « Ils ont appelé tous les châteaux que j’ai faits pour leur demander s’ils déposaient plainte contre moi. »
La plupart refusent, sauf un. Finalement, le dossier est classé. « Le parquet a conclu que c’était un dossier sensible. »

« L’œil d’un jeune de banlieue »
Mais au-delà des obstacles, c’est l’impact du travail d’Amine le Conquérant sur la transmission de l’histoire de France qui s’impose. Le natif du Val-d’Oise reçoit de nombreux messages. « Les gens m’envoient des vidéos, des photos. Ils me disent merci, grâce à toi, on découvre l’histoire de notre pays. »
Le public est large, souvent inattendu. « Ce ne sont pas que des gens qui aimaient déjà ça. Il y en a aussi qui ne s’y intéressaient pas du tout. Des familles populaires, des jeunes. »
Ce qui se joue ici dépasse la simple vulgarisation. Amine revendique une position. « Je le raconte avec l’œil d’un jeune de banlieue, un gamin de 10 ans qui s’émerveille devant les châteaux qu’il découvre. »
Une manière de déplacer les codes du récit national et de réinterroger à qui appartient le patrimoine.
Le pseudonyme Amine le Conquérant suscite lui-même des réactions, parfois violentes. Il en donne une lecture historique. « C’est par rapport à Guillaume le Conquérant, un enfant illégitime qui est devenu duc de Normandie puis roi d’Angleterre. » Il insiste :« Contrairement à ce que certains peuvent dire, je veux juste raconter l’histoire de France. »
Malgré sa visibilité croissante, le projet reste une passion et n’est pas monétisé. « Je paye tout de ma poche. »
Il compare volontiers cette démarche à d’autres passions. « C’est comme les gens qui font du tuning. Ça ne sert à rien mais ça leur fait plaisir. Moi pareil, ça me fait plaisir. »
Au-delà des frontières
En parallèle, les perspectives sont nombreuses. Un livre est en cours. « J’ai signé un contrat d’édition. Je raconte toute mon histoire de château, comment ça a commencé, les débuts, les galères, même les problèmes que j’ai eus. »
Il travaille également sur des formats vidéo plus longs. « Sur YouTube, j’aimerais faire des vidéos avec des invités, leur faire visiter un château. »
Des discussions sont en cours avec des sociétés de production pour des formats courts à la télévision.
Et déjà, en tête, un prolongement au-delà des frontières françaises. « J’aimerais bien faire les plus belles mosquées du monde. » Une manière d’élargir encore le regard. Tout en restant fidèle à ce qui l’anime depuis le début : filmer des lieux, raconter des histoires et transmettre une émotion.
Vos questions sur Amine le Conquérant
Qui est Amine le Conquérant ?
Amine le Conquérant est le pseudonyme d’Amine Kassid, acteur, réalisateur et vidéaste franco-marocain spécialisé dans la mise en valeur du patrimoine historique français.
Qu’est-ce que le projet « Les Châteaux réels » ?
Il s’agit d’une série de vidéos consacrées aux châteaux de France. À travers des images tournées au drone, Amine le Conquérant raconte l’histoire des lieux et de leurs personnages.
Pourquoi Amine le Conquérant filme-t-il les châteaux de France ?
Son objectif est de rendre l’histoire de France plus accessible au grand public et de transmettre le patrimoine à travers un récit vivant et immersif.
Pourquoi son travail a-t-il suscité des controverses ?
Certains tournages ont été réalisés sans autorisation au début du projet. Plusieurs signalements ont conduit à une enquête, finalement classée sans suite.
Quels sont les prochains projets d’Amine le Conquérant ?
Le vidéaste prépare un livre consacré à son parcours et travaille sur de nouveaux formats vidéo. Il souhaite également explorer d’autres patrimoines, notamment les plus belles mosquées du monde.
