La voie normale, d’Erige Sehiri : Road movie social au rythme des rails

 La voie normale, d’Erige Sehiri : Road movie social au rythme des rails

La voie normale, un documentaire franco-tuniso-suisse d’Erige Sehiri – Du 14/10/21 au 26/10/21, au cinéma Utopia Saint-Ouen l’Aumône.

En consacrant un documentaire à un mode de transport menacé sur tout le continent africain, Erige Sehiri brosse un passionnant portrait de la Tunisie postrévolutionnaire. Une rencontre avec la réalisatrice franco-tunisienne sera animée par notre rédactrice en chef, ce jeudi 14 octobre à 20h30 au cinéma Utopia Saint-Ouen-l’Aumône.

 

“La voie normale” est la ligne reliant Tunis à la frontière algérienne, une région depuis toujours délaissée, contrairement à la côte touristique, elle doit son surnom à l’écartement de ses rails, les seuls du pays

répondant aux normes internationales, mais elle n’a, par une cruelle ironie, rien de normal : gares dépourvues de chauffage, réseau en si mauvais état que parfois le conducteur s’arrête en marche pour effectuer lui-même des réparations, accidents mortels… Une voie victime d’un abandon quasi total et qui n’existe que par l’engagement héroïque de ses employés.

Affiche La Voie normale, un film d'Erige SehiriEn 2012, Erige Sehiri rencontre justement un ami cheminot qui y est affecté. “La voie normale” est finalement l’aboutissement de cette rencontre, un portrait croisé de cinq cheminots tunisiens, tous incroyables, sur lesquels la réalisatrice a posé son regard de cinéaste. Il y a entre autres Ahmed, artiste dans l’âme et employé dévoué, Issamedine, le lanceur d’alerte qui a recensé scrupuleusement tous les incidents depuis des années, ou encore Abderrahim, le conducteur rappeur qui réalise ses clips dans les gares.

Ce documentaire a reçu un accueil chaleureux de l’autre côté de la Méditerranée et provoqué une prise de conscience. Une juste récompense pour Erige Sehiri : « Le film est resté six semaines en salle en Tunisie ; il a fait l’objet de débats au sein même du ministère du Transport et de l’instance de lutte contre la corruption.  Cela a permis de délier les langues. Un des personnages a aussi obtenu la protection des lanceurs d’alerte. Cela prouve que la Tunisie est tout de même sur le bon chemin en matière de liberté d’expression. »

Une reconnaissance internationale

La voie normale : Road movie social au rythme des rails
Erige Sehiri, franco-tunisienne, réalisatrice du documentaire La voie normale.

A 38 ans, la jeune femme, qui a grandi dans la banlieue lyonnaise, a déjà accompagné bien des bouleversements politiques du pays de ses parents. Elle a entre autres cofondé le média tunisien Inkyfada né au cœur des bouleversements démocratiques. “La Voie normale” poursuit le même objectif, entendant alerter sur l’importance de défendre le service public du rail, comme l’avait fait en son temps The Navigators (2001) de Ken Loach. Le film a été récompensé dans de nombreux festivals internationaux (il est notamment sacré meilleur documentaire au festival du film arabe de Fameck, en 2019).

“Le chemin de fer représente l’identité d’un pays, explique Erige Sehiri. Pour moi, c’était très symbolique, cela montre la manière dont l’Etat crée du lien social ou pas. Le film s’interroge sur la condition de cheminot aujourd’hui, alors que le métier est en train de disparaître pour différentes raisons, souvent liées à l’abandon du service public. Comme en France, je pense que lorsque les cheminots ont des revendications fortes, ils sont aussi le reflet d’un mal-être général, notamment entre les classes sociales et envers l’Etat. Cela reflète en quelque sorte la réalité du terrain où les dirigeants sont absents.” 

 

La voie normale, un documentaire franco-tuniso-suisse d’Erige Sehiri – Du 14/10/21 au 26/10/21, au cinéma Utopia Saint-Ouen-l’Aumône – Durée : 1 h14.

La séance du jeudi 14 octobre, à 20h30, sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice franco-tunisienne, le producteur suisse Nicolas Wadimoff et des représentants syndicaux de cheminots.

La séance sera animée par Nadia Hathroubi Safsaf, rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas.

 

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La rédaction