L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine récompensé

 L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine récompensé

Rachid Benzine, lauréat du Prix du livre de la Liberté intérieure 2026. © AFP / Xavier Galiana

Avec L’homme qui lisait des livres, Rachid Benzine remporte le Prix du livre de la Liberté intérieure 2026. Dans ce court roman situé à Gaza, l’écrivain franco-marocain raconte la rencontre entre un jeune photographe français et un vieux libraire palestinien. Un choix d’autant plus symbolique que plus d’une centaine de personnes détenues ont participé au processus de sélection.

En bref

  • Le prix distingue chaque année une œuvre autour de la liberté intérieure, du dialogue et de la tolérance.
  • La sélection 2026 réunissait sept ouvrages, de genres différents.
  • Pour la quatrième année consécutive, des détenus de plusieurs établissements pénitentiaires ont pris part aux lectures.
  • Le roman de Rachid Benzine fait des livres un lieu de mémoire face à la guerre.

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Un bouquiniste dans sa librairie à Gaza. Une image qui fait écho au personnage de Nabil

Un prix qui prend un relief particulier

Pour sa neuvième édition, le Prix du livre de la Liberté intérieure distingue un roman dans lequel la lecture devient une manière de rester libre au milieu de la guerre. Parmi ceux qui ont contribué à la sélection figurent des lecteurs eux-mêmes privés de liberté.

Créé en 2018 par Le Jour du Seigneur, le prix récompense un écrit original — essai, témoignage, roman, biographie, bande dessinée ou pièce de théâtre — autour de valeurs spirituelles, de dialogue et de tolérance. Il est organisé en partenariat avec les librairies La Procure, Ouest-France, RCF Notre-Dame et l’aumônerie nationale catholique des prisons. La sélection 2026 comptait sept ouvrages.

Le prix a été remis mercredi 9 septembre à la librairie La Procure Saint-Sulpice, à Paris. L’homme qui lisait des livres, publié chez Julliard en août 2025, devient ainsi le livre distingué par le jury cette année.

Des lecteurs derrière les barreaux

Pour la quatrième année consécutive, plus d’une centaine de détenus, répartis dans une quarantaine d’établissements pénitentiaires, ont participé à la lecture des ouvrages sélectionnés et exprimé leur choix.

Cette participation donne au prix une portée particulière. Elle met en regard deux expériences de l’enfermement : celle de lecteurs privés de liberté et celle de Nabil Al Jaber, le vieux libraire palestinien du roman, dont l’existence a été traversée par l’exode, la prison, la guerre et les deuils.

Une librairie à Gaza, où les livres côtoient les traces de la guerre

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Gaza racontée depuis une librairie

Ici, Rachid Benzine choisit de ne pas raconter Gaza uniquement à travers les bombardements.

Son personnage, Nabil Al Jaber, est un vieux libraire assis devant sa boutique, entouré de piles de livres. Un jeune photographe français, Julien Desmanges, vient à sa rencontre alors qu’il est à Gaza pour couvrir les bombardements. Il pensait prendre une image. Il va finalement écouter une histoire. Celle d’un homme. Mais aussi celle d’un peuple.

Le récit traverse l’exode, la prison, les engagements politiques, la désillusion, le théâtre, les amours, les enfants et les deuils. La grande Histoire entre dans le roman par la mémoire d’un seul homme.

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Lire pour ne pas céder à la haine

C’est probablement là que se trouve la force du roman. Benzine ne présente pas la lecture comme une fuite hors du réel. Au contraire. Les livres permettent à son personnage, Nabil, de regarder le monde en face sans renoncer à son humanité.

La littérature devient alors un espace intérieur que les bombes ne peuvent pas entièrement atteindre.

Le roman pose une question essentielle : qu’est-ce qu’un homme bon lorsque la guerre pousse à la haine et à la vengeance ? Nabil y répond moins par des discours que par sa manière de rester attentif aux autres.

Qui est Rachid Benzine ?

Il est islamologue, dramaturge, romancier, enseignant et chercheur associé au Fonds Ricœur. Ses récits explorent notamment le déracinement, la transmission, la mémoire et les blessures de l’exil.

Avec Les Silences des pères, paru en 2023 au Seuil, il avait déjà placé la mémoire familiale et la transmission au cœur de son écriture. Le roman a reçu le Grand Prix du roman Métis.

Avec L’homme qui lisait des livres, il déplace cette réflexion vers la Palestine. Il y interroge une autre forme de transmission : celle qui passe par les livres, lorsque les lieux, les maisons et les vies disparaissent.

Un libraire, des livres et Gaza en guerre

La liberté, même derrière les murs

Des lecteurs qui connaissent eux-mêmes l’enfermement ont choisi le récit d’un homme qui, au milieu des ruines, s’accroche aux livres pour préserver une part de lui-même. C’est peut-être là que le titre du prix prend tout son sens. La liberté intérieure ne consiste pas à ignorer les murs, mais à préserver, malgré eux, un espace où l’on peut encore lire, penser et se souvenir.

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À Gaza, des livres réunis sous une tente au milieu des déplacés
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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.