Mondial 2026. La liste de Lamouchi dévoilée : renouveau assumé et polémiques persistantes

Sabri Lamouchi
À trois semaines du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2026, la publication de la liste des 26 joueurs retenus par Sabri Lamouchi pour représenter la Équipe de Tunisie de football a immédiatement enflammé l’opinion publique et le débat sportif en Tunisie.
A l’instar du rassemblement du mois de mars, le sélectionneur poursuit sa stratégie de reconstruction et de renouvellement générationnel, avec plusieurs choix forts qui divisent profondément observateurs, anciens internationaux et supporters.
Entre volonté de tourner la page d’un cycle arrivé à maturité et accusations d’incohérences sportives, cette liste illustre les tensions qui entourent aujourd’hui le projet de Lamouchi. Car si certains saluent enfin une rupture avec les automatismes du passé, d’autres dénoncent des décisions jugées contradictoires à l’approche d’un rendez-vous mondial aussi exigeant.
Des cadres écartés qui alimentent les interrogations
Le principal sujet de controverse concerne l’absence de plusieurs piliers historiques de la sélection. En clair, Lamouchi s’inscrit dans une rupture décomplexée : des joueurs comme Ferjani Sassi au milieu (jamais écarté malgré ses contre-performances chroniques), Yassine Meriah en défense, ou encore Mohamed Ali Ben Romdhane ne figurent pas dans la liste finale, malgré leur expérience internationale et leur rôle majeur lors des précédentes campagnes continentales et mondiales.
Or, pour une partie de la presse spécialisée, le timing de cette transition pose problème. À quelques semaines du Mondial, certains analystes estiment risqué de bouleverser autant la hiérarchie d’un groupe qui manque déjà de stabilité depuis plusieurs années. L’argument principal repose sur le manque d’automatismes et d’expérience collective du nouveau noyau appelé par Lamouchi.
Les critiques pointent notamment une certaine contradiction dans le discours du sélectionneur. Alors qu’il affirme privilégier des paramètres objectifs dont la forme du moment et l’intensité physique, plusieurs joueurs retenus sortent de saisons irrégulières ou disposent d’un faible temps de jeu en club. À l’inverse, certains cadres écartés restent performants dans leurs championnats respectifs. En somme, le coach fait avec les moyens à sa disposition, tout en sanctionnant les éléments qui tenaient leur place pour acquise sans avoir honoré leur statut récemment.
Le cas de Ferjani Sassi (34 ans) cristallise particulièrement les débats. Ancien capitaine et figure emblématique des Aigles de Carthage, son absence est interprétée par certains comme un choix symbolique visant à fermer définitivement un chapitre de la sélection. D’autres y voient une décision purement sportive liée à la nécessité de rajeunir un milieu devenu plus lent dans les transitions.
Même interrogation autour de Yassine Meriah (32 ans), considéré depuis des années comme l’un des leaders défensifs de la Tunisie, mais qui fait les frais d’une saison compliquée de l’Espérance de Tunis qui vient de concéder le championnat national à son rival, le Club Africain. Les soutiens de Meriah rappellent que l’expérience reste un facteur essentiel dans une compétition aussi courte et intense qu’une Coupe du Monde.
Une nouvelle génération qui séduit autant qu’elle inquiète
À l’opposé, les partisans de Sabri Lamouchi saluent un virage enfin assumé vers le renouvellement. « Après plusieurs années marquées par une certaine stagnation, l’avènement d’un sélectionneur rationnel et sans loyauté partisane envers quiconque, insufflera davantage de fraîcheur technique et de mobilité à son groupe », argue un cadre de la FTF.
L’intégration de profils jeunes et offensifs comme Ismaïl Gharbi ou Khalil Ayari symbolise cette nouvelle orientation. Le premier, formé au Paris Saint-Germain, est perçu comme l’un des talents capables d’apporter créativité et percussion dans les petits espaces. Quant à Khalil Ayari, son ascension rapide au sein du même PSG (titularisé lors du dernier match en club) nourrit beaucoup d’espoirs malgré son inexpérience au plus haut niveau.
La présence de Montassar Talbi apparaît en revanche comme l’un des rares choix consensuels. Auteur d’une saison solide avec FC Lorient, le défenseur s’impose progressivement comme l’un des nouveaux patrons de cette sélection en profonde reconstruction.
Moment insolite de la conférence de presse de Lamouchi, ce dernier a déclaré, incrédule, que le père de l’international Louey Ben Farhat (évoluant en D2 allemande) l’a appelé la veille pour l’informer que son fils (19 ans) « n’est pas encore prêt » pour être recruté… Visiblement tenté par une convocation future en sélection d’Allemagne, le jeune joueur ne veut probablement pas compromettre ses chances en match officiel, après avoir disputé deux matchs amicaux avec le maillot national tunisien.
Mais au-delà des individualités, c’est surtout la cohérence globale du projet Lamouchi qui est discutée. Plusieurs observateurs reconnaissent que Lamouchi cherche à construire une équipe plus moderne, capable de jouer plus haut et plus vite. Toutefois, ils s’interrogent sur la capacité du groupe à assimiler ces changements à moins d’un mois avant le début du tournoi.
Dans l’opinion publique tunisienne, le débat dépasse désormais la simple composition de liste. Il touche à une question plus profonde : fallait-il préserver l’expérience pour sécuriser un dernier Mondial compétitif, ou profiter de cette compétition pour accélérer une transition devenue inévitable ? À quelques jours du départ pour l’Amérique du Nord, Sabri Lamouchi joue déjà une partie importante de sa crédibilité.
Les Tunisiens sélectionnés pour la Coupe du Monde 2026 :
Gardiens de but : Aymen Dahmen, Sami Ben Hassen, Ali Chamakh.
Défenseurs : Yan Valery, Mohamed Naffeti, Montassar Talbi, Omar Rekik, Ala Arous, Dylan Bronn, Rayen Chikhaoui, Mohamed Ali Ben Hamida, Montassar Ben Ouanes, Ali Abdi.
Milieux de terrain : Ellyes Skhiri, Hannibal Mejbri, Anis Ben Slimane, Rani Khedira, Ismaïl Gharbi, Mohamed Haj Mahmoud.
Attaquants : Elias Saad, Sayfallah Tounekti, Rayan Elloumi, Firas Chaouat, Khalil Ayari, Hazem Mastouri, Elias Achouri.
