France. Retour de l’interdiction du voile

 France. Retour de l’interdiction du voile

Le projet de loi prévoit d’étendre l’interdiction du voile dans toutes les structures privées en charge de la petite enfance comme les crèches ou les centres de loisirs. Photo Jean-Philippe Ksiazeck / AFP.

Le 17 janvier prochain, le projet de loi visant à étendre l’interdiction du voile dans toutes les structures privées en charge de la petite enfance sera soumis au vote du sénat. Après un premier report en décembre, l’atmosphère autour du projet s’annonce tendue.

 

Le 7 décembre dernier, la proposition de loi devait être examinée au Sénat. Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) avait appelé les citoyens à protester, bien soutenu par le Conseil français du culte musulman (CFCM). Suffisant pour faire reculer les sénateurs et obtenir un report.

Le 17 janvier, les sénateurs vont examiner ce projet de loi écrit par la députée Françoise Laborde du Parti radical de gauche. Il s’agirait d’étendre l’interdiction du voile dans toutes les structures privées en charge de la petite enfance comme les crèches ou les centres de loisirs. Cette loi pourrait également concerner les assistantes maternelles travaillant à domicile et s’occupant d’enfants de moins de six ans.

Le cas de la crèche privée ”baby loup” fait maintenant jurisprudence. Mais en se basant sur ce cas précis, le Parti radical de gauche donne l’impression de s’attaquer au voile islamique.

Au Parti Socialiste, majoritaire au Sénat, les élus sont divisés sur la question. Si beaucoup ont déjà déclaré leur soutien à la proposition, d’autres se sont élevés contre une nouvelle loi ciblant la communauté musulmane.

Gaëtan Gorce, sénateur socialiste a été l’un des premiers à s’inquiéter : « Cela traduit davantage une angoisse devant une forme religieuse à laquelle nous sommes mal préparés que la défense des principes auxquels nous sommes attachés ». Ester Benbassa, d’Europe Ecologie les Verts, s’est interrogée sur l’utilité d’ « une énième loi sur le voile ».

Une communauté à bout

Le CCIF s’apprête à nouveau à sortir les griffes. L’association s’inquiète d’une telle loi : « La surenchère islamophobe va jusqu’à vouloir appliquer cette discrimination aux assistantes maternelles. Elle prétend donc appliquer la chasse à la visibilité des femmes musulmanes, même lorsqu’elles sont chez elles sous prétexte de laïcité ».

L’association se demande si le discours tenu par une partie du gouvernement ne va pas trouver un écho chez… les partis de gauche. « L’islamophobie ne semble plus avoir de limites dans notre patrie. La course aux idées d’extrême droite visant à stigmatiser les musulmans en temps de crise n’est plus l’apanage d’une partie de l’UMP. Les partis de gauche pensent-ils devoir s’engouffrer dans cette voie, au risque de décevoir ceux qui voyaient en François Hollande et Eva Joly des pourfendeurs des discours qui stigmatisent et divisent les Français ? »

Même son de cloche du côté du Conseil français du culte musulman (CFCM). Le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, n’a pas mâché ses mots contre un projet de loi qui « bafoue explicitement et de manière sans précèdent dans l’histoire de notre pays le principe de laïcité, la liberté de conviction dont fait partie la liberté de religion et la liberté d’opinion ».

Pour lui, « cette proposition de loi, dirigée essentiellement contre les femmes musulmanes portant un foulard, ouvre la voie aux abus et à la discrimination à l’égard de ces femmes ».

Une première dans le droit français. Jusqu’à maintenant, le port du voile était interdit aux seules adolescentes scolarisées au sein d’établissements publics. Avec cette loi, une nourrice voilée qui se baladerait dans la rue avec des enfants dans le cadre de son travail pourrait se faire verbaliser.

Conclusion de Dounia Bouzar, chargée de mission sur l’Islam à la protection judiciaire de la jeunesse : « Cette proposition renvoie à une loi d’exception pour les musulmans puisqu’elle viole les principes fondamentaux posés par le Code du travail et le Code pénal qui interdisent clairement toute discrimination directe ou indirecte dans la notion d’embauche, quelles que soient les croyances ou les non-croyances ».

Jonathan Ardines

Jonathan Ardines