France. Théâtre : « Invisibles », un hommage aux Chibanis

 France. Théâtre : « Invisibles », un hommage aux Chibanis

À travers la pièce “Invisibles”


Jusqu’au 18 février sur les planches parisiennes puis à travers toute la France, Nasser Djemaï et sa troupe vont jouer « Invisibles ». Troisième pièce de l’auteur, elle traite des Chibanis, ces travailleurs immigrés écartelés entre les deux rives de la méditerranée et qui ont quitté leur famille pour venir en France.




 


« Tout seul, on n’arrive à rien », assure Nasser Djemaï. Alors qu’il présente en ce moment « Invisibles », sa troisième pièce, la première qu’il met en scène, Nasser n’oublie pas ceux qui l’entourent, ce noyau dur, « des gens qui m’accompagnent et qui ont permis la naissance de cette pièce ».


Ce fils d’immigrés algériens est né et a grandi à Grenoble. Très vite, il se tourne vers des études de théâtre. Diplômé de l’École Nationale Supérieure de la Comédie de Saint-Etienne, il ira ensuite se perfectionner en Grande Bretagne à la British Academy of Dramatic Combat.


« Par chance, j’ai trouvé du travail tout de suite ». Dans un milieu où il n’est pas toujours facile de gagner sa croûte, Nasser ne manque pas de propositions : « J’étais heureux, je voulais simplement faire le métier d’acteur ».


Cependant, il se lasse rapidement des projets « inintéressants » qui se multiplient. Après une série de frustrations, il décide de changer de cap, « comme un artisan, j’en avais marre de travailler pour un patron puis un autre, je voulais essayer de m’embaucher ».


Pendant trois ans, il joue et travaille à l’écriture de sa première pièce. « Une étoile pour noël » voit le jour en 2005 et le succès est immédiat. « On l’a jouée 300 fois un peu partout en France, les gens ne cachaient pas leur enthousiasme, ça m’a permis d’en faire une deuxième ». Rebelote avec « Les vipères se parfument au jasmin », pièce qu’il écrit et interprète tout comme la première.


Sa troisième pièce, « Invisibles » est certainement la plus personnelle. À travers elle, il raconte son père, cet algérien arrivé en France en 1968, et de tous les autres. « Je voulais réussir à raconter l’histoire de ces Chibanis (vieux aux cheveux blancs en arabe dialectal), mais comment le faire en 1h40 de spectacle ? ». Il décide de faire intervenir la poésie, où l’on peut « raconter un maximum de choses avec un minimum de mots ».


 


Il nous fait rire de choses graves


En amont, il se rend au foyer Sonacotra de Grenoble puis à l’association fraternité de Chibanis à Teisseire. Pendant un an, il discute, écoute, s’imprègne, du récit de ces Chibanis qui oscillent entre « la méfiance et le besoin de se raconter ». « Ce sont des gens à qui on a beaucoup menti, leur crainte était légitime ».


Nasser prend le parti de parler de ceux qui n’ont pas pu faire venir leur famille, mais sans jamais tomber dans le recueil de témoignages.« Il fallait trouver le mix entre la fiction et la reconstitution historique ». Ce projet n’a d’ailleurs pas été conçu uniquement pour les Maghrébins, il touche tout le monde : « Je tenais à la dimension universelle ».


Pour ça, il fait intervenir un personnage qui s’appelle Martin.Ni maghrébin, ni musulman, Martin fait une promesse à sa mère mourante, il ramènera une mystérieuse boîte à son propriétaire. « Il ressemble à un ange désabusé ».


Ce garçon qui n’a jamais connu son père va se retrouver dans un foyer Sonacotra face à cinq pères qui n’ont jamais connu leurs enfants. « Grâce à eux, il va se reconstruire, et son personnage va donner une justification à la langue française pour ces Chibanis habitués à ne parler qu’arabe entre eux ».


Nasser Djemaï évite les clichés avec l’aide de la poésiequi apporte une verticalité qui fait décoller le récit. Grâce à des acteurs fabuleux, qu’il a mis du « temps à trouver », Nasser réussit à nous faire rire de choses graves.


« Invisibles » pourrait bientôt trouver un écho sur les planches algériennes. C’est en tout cas le souhait de son auteur qui aimerait « découvrir ce pays qui le fascine ». En attendant que les démarches aboutissent, la troupe va se produire un peu partout dans l’hexagone.


Un conseil, ne vous en privez pas, les bonnes pièces se font rares.


 


Jonathan Ardines


 


« Invisibles », du 7 au 18 février :


Le Tarmac, 159, avenue Gambetta, 75020 Paris.


Et en tournée dans toute la France.

Jonathan Ardines