Rayed Chaïbi : “Entrer Gisèle Halimi au Panthéon serait historique”

 Rayed Chaïbi : “Entrer Gisèle Halimi au Panthéon serait historique”

crédit photo : Olivier Denis

Le président de l’Association pour la promotion de la coopération et de l’amitié entre la France et la Tunisie (APCAFT) explique pourquoi il a interpellé le président de la République pour que Gisèle Halimi, l’avocate féministe, décédée en juillet dernier, soit “panthéonisée”.

Le Courrier de l’Atlas : Pourquoi, selon vous, Gisèle Halimi devrait elle intégrer le Panthéon, comme vous l’avez demandé à Emmanuel Macron ?

Rayed Chaïbi : C’est une demande évidente compte tenu des actions que Gisèle Halimi a menées, notamment en faveur du droit des femmes et de l’émancipation des peuples, en Tunisie et en Algérie. Depuis plus de soixante ans, ses combats dans les prétoires sont devenus force de loi.

En 1972, elle fut l’avocate de Marie-Claire Chevalier, inculpée pour avoir avorté à la suite d’un viol. Le procès a débouché sur un non-lieu historique avant d’aboutir, un an et demi plus tard, à la loi sur l’IVG, impulsée par son amie Simone Veil.

En 1970, dans l’affaire Tonglet-Castellano, elle a défendu avec ferveur deux touristes victimes d’un viol collectif, et son combat a été repris par la sénatrice Brigitte Gros qui a fait adopter une loi pour définir le viol comme un crime passible de quinze ans de prison.

Nous devons aussi à Gisèle Halimi la parité aux élections. Elle l’a proposée lorsqu’elle fut élue députée de l’Isère en 1981. Au regard de tout ce qu’elle a apporté, nous avons demandé au président de la République, pour cette grande femme, la patrie reconnaissante.

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LCDA : La réponse formulée par son cabinet dans le cadre de la politique mémorielle vous satisfait-elle ?

Rayed Chaïbi : C’est une première étape. La décision serait prise dans le cadre de la politique mémorielle voulue par le chef de l’Etat, qui a mandaté l’historien Benjamin Stora pour faire un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Parmi les 22 propositions, la 21e concerne la “panthéonisation” de Gisèle Halimi.

A ceux qui disent que ça serait un scandale car elle a “défendu le FLN”, je rappelle qu’elle a assuré la défense de Djamila Boupacha, figure de la résistance algérienne et victime d’un viol, et obtenu que le procès se déroule en France et non à Alger. Un comité de soutien, présidé par Simone de Beauvoir, avait d’ailleurs été créé. Les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Anthonioz, toutes deux au Panthéon, en faisaient partie.

Plusieurs signes nous font penser que ça devrait arriver, notamment le discours du Président le 4 septembre dernier (pour célébrer le 150e anniversaire de la proclamation de la République, ndlr). Il avait alors annoncé la tenue d’un grand hommage aux Invalides pour l’avocate. La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, a aussi déclaré sur France Inter qu’elle ferait tout pour convaincre Emmanuel Macron de “panthéoniser” Gisèle Halimi. En le faisant, c’est le droit des femmes qui y ferait son entrée. Cette décision serait historique.

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LCDA : Quel héritage laisse-t-elle en Tunisie, pays où elle a grandi ?

Rayed Chaïbi : Un héritage considérable. Ce fut une grande perte pour la Tunisie, où Gisèle Halimi était connue et éminemment respectée. Le chef de l’Etat souhaite donner son nom à une grande artère de Tunis ou de La Goulette, sa ville natale. Il y a toujours eu un lien très fort entre la Tunisie et l’avocate qui, ayant conservé sa nationalité tunisienne, était franco-tunisienne. Son impact est indélébile, aussi bien en France qu’en Tunisie.

 

Jonathan Ardines