Une collecte des musulmans français pour soutenir Notre-Dame de Paris

 Une collecte des musulmans français pour soutenir Notre-Dame de Paris

A droite : la cathédrale Notre-Dame de Paris / PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP. A gauche : Elyamine Settoul enseignant chercheur à Paris. Photo : DR


Elyamine Settoul est enseignant chercheur à Paris. Juste après l'incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris lundi 15 avril, il a décidé de lancer une collecte. « Les Muslims en solidarité de Notre-Dame ». Un geste pour « réaffirmer notre ancrage à ce pays », martèle Elyamine. 

 


LCDL : Pourquoi avoir lancé une telle collecte ? 



Elyamine Settoul : Car comme tout bon Parisien, je suis attaché à ce monument très symbolique. Comme d’autres, j’ai réalisé une partie de mes études dans le quartier Notre-Dame et la vue de cet incendie sur un lieu aussi symbolique était quelque chose d’assez percutant. Lancer cette collecte était un geste spontané.


Comme chez la plupart des français, Notre-Dame de Paris dépasse le cadre purement religieux. C’est un pan de la culture française que ce soit au niveau de la littérature ainsi que toutes les productions culturelles autour de cette cathédrale. Notre-Dame est connu de tous en France et à travers le monde. Même le plus athée des Français éprouvera une affection pour le lieu en raison de sa charge extra-religieuse. 



Est-ce important en tant que Français musulman de témoigner sa solidarité ?



Oui, c’est une manière de réaffirmer notre ancrage à ce pays. Les Français de confession musulmane sont de ce pays, ils parlent, pensent et rêvent en français. Par conséquent, ce patrimoine est aussi le leur. 



Pourtant, certains ne comprennent pas qu’on puisse s’émouvoir autant pour Notre-Dame et être indifférent pour d’autres causes ?



Oui, c’est vrai. C’est un discours présent. Certains vous rétorqueront « quid des souffrances dans les pays musulmans ? ». Personnellement, je ne vois pas la contradiction. On peut simultanément soutenir une cause en faveur de populations musulmanes souffrantes dans le monde et être attaché au patrimoine culturel de son pays.


On peut être français musulman, condamner certains choix politiques à l'international comme le silence par rapport à la guerre au Yémen par exemple et rester attaché à son patrimoine.


Aujourd’hui la difficulté c’est que les gens s’enferment et se radicalisent dans des catégories spécifiques souvent binaires et stériles. Faire des dons pour Notre-Dame ou soutenir les populations souffrantes en Syrie ou en Irak.


Je revendique de pouvoir avoir un point de vue nuancé et donc de faire les deux si je le souhaite. Et je pense que c’est l’intime conviction de nombreux Français de confession musulmane.



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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.