Tour Eiffel : quand le silence éclaire plus que les lumières

 Tour Eiffel : quand le silence éclaire plus que les lumières

La Tour Eiffel aux couleurs d’Israël le 7 octobre 2023. Aucun éclairage n’a été prévu pour les victimes gazaouies. (Photo de JULIEN DE ROSA / AFP)

La Dame de fer, ce vieux symbole de Paris, pourrait bientôt se parer d’un nouveau costume. Pas pour un feu d’artifice ou un hommage à une star, non. Cette fois, c’est aux couleurs d’un drapeau qui dérange, qui divise, qui fait mal : celui de la Palestine.

C’est Stéphane Troussel, président (PS) du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, qui a envoyé une lettre à la société qui gère la Tour Eiffel, la Sete, avec ce souhait simple mais chargé de sens : « Illuminer la tour Eiffel aux couleurs palestiniennes, en hommage aux victimes de Gaza. »

Gaza, c’est ce bout de terre en feu depuis des mois, voire des années, un calvaire humain qu’on préfère souvent ne pas regarder en face. 54 000 morts, selon l’Unicef, dont 71 000 enfants menacés de famine selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Des chiffres qui dépassent l’imaginable, mais que la plupart d’entre nous scrollent distraitement sur leurs écrans.

Stéphane Troussel n’en peut plus du silence complice, de l’indifférence coupable. Il rappelle que la tour a déjà brillé aux couleurs de l’Ukraine, puis d’Israël après les attaques du 7 octobre 2023. Mais là, rien. Pas un éclairage aux couleurs de la Palestine. Une « double peine », dirait-on, pour les victimes civiles gazaouies.

« Il n’y a pas de deux poids, deux mesures », martèle l’élu. Pourtant, les actes disent le contraire. La justice internationale a lancé un mandat d’arrêt contre Netanyahou, mais la politique continue de jouer à cache-cache avec la vérité et les valeurs.

Dans cette lettre, Troussel ne fait pas qu’un geste symbolique. Il réclame un signal, un message clair : « Paris ne peut rester muette face à cette tragédie. »

À peine ce courrier envoyé, aucune réponse. Silence radio du côté de la Sete, mutisme officiel de la Ville de Paris. Le poids des intérêts, la peur du débat ou la simple lâcheté ? Peu importe. Ce silence est assourdissant.

La France, terre des droits de l’homme, pourrait-elle donc s’afficher en lumière sur un monument mondial pour dire : « Nous ne cautionnons pas ce carnage » ? C’est une question qui dérange, surtout dans une époque où les symboles parlent plus fort que les discours.

Pendant ce temps, les conférences internationales se reportent, les promesses de reconnaissance de la Palestine s’éloignent, et la politique joue la montre. Mais Stéphane Troussel continue de pousser, d’exiger, de déranger. Il veut que Paris – et la France – ne soit pas seulement la capitale du silence, mais celle de la solidarité, celle de la voix des sans-voix.

Parce que derrière les drapeaux, derrière les luttes diplomatiques, ce sont des vies humaines qu’on oublie trop souvent. Et si la Tour Eiffel s’allumait, cette fois, pour rappeler que chaque vie compte ?

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.