Tunisie-Ouganda : le naufrage continue, Chaâbani déjà confronté à l’urgence

 Tunisie-Ouganda : le naufrage continue, Chaâbani déjà confronté à l’urgence

Un nouveau sélectionneur, quelques changements dans le groupe, des intentions intéressantes en première période… mais au bout du compte, toujours cette incapacité à gagner.

Pour sa première sortie officielle à la tête des Aigles de Carthage, Mouine Chaâbani n’a pu obtenir mieux qu’un nul (1-1) face à un modeste Ouganda, jeudi soir à Radès partiellement boycotté par les supporters. Un résultat décevant qui complique d’emblée la campagne tunisienne dans les éliminatoires de la CAN 2027. D’autant que l’Ouganda, déjà qualifié pour la phase finale en tant que coorganisateur, n’avait pas la même obligation de résultat que son adversaire.

 

Une première période porteuse d’espoirs… mais sans suite

Chaâbani avait choisi de repartir sur un onze largement composé de joueurs évoluant à l’étranger, avec le gardien Aymen Dahmen comme seul représentant du championnat tunisien. Un choix qui traduisait clairement la volonté de s’appuyer sur les joueurs les plus expérimentés et les plus compétitifs à l’international, tout en injectant quelques nouvelles têtes dans une sélection profondément marquée par le fiasco du Mondial 2026.

Durant les premières minutes, le changement de méthode semblait perceptible. Les Tunisiens ont démarré avec davantage d’intentions, de mouvement et d’agressivité. Cette domination initiale a été concrétisée dès la 12e minute sur corner par Alaa Arous, servi par Khalil Ayari. La Tunisie avait alors le match en main et semblait pouvoir profiter de son avantage pour se mettre rapidement à l’abri.

Mais le problème, déjà observé à plusieurs reprises ces dernières années, est réapparu dès lors qu’il a fallu transformer une bonne entame en véritable maîtrise. La Tunisie n’a pas suffisamment accéléré, ni suffisamment pesé dans les trente derniers mètres pour tuer le match. L’Ouganda, bien organisé et discipliné, a progressivement repris confiance, souvent contre le cours du jeu.

Le scénario aurait pourtant dû inciter les Aigles à davantage de prudence et de réalisme : face à une équipe qui n’avait pas besoin de gagner pour préserver ses chances de qualification (l’Ouganda est qualifié d’office étant l’un des co-organisateurs du tournoi), concéder l’initiative après avoir ouvert le score constituait un risque inutile.

 

Une deuxième période révélatrice des fragilités

Le tournant est intervenu après la pause. Chaâbani a effectué deux changements dès la reprise, mais la dynamique ne s’est pas inversée avec la sortie d’Elloumi et de Ayari. Au contraire, l’Ouganda a progressivement pris davantage d’assurance. À la 68e minute, Rogers Mato a égalisé sur une action construite par Nathan Asiimwe. Un but surprenant de facilité qui a sanctionné le recul progressif des Tunisiens et leur incapacité à conserver durablement le contrôle de la rencontre.

La réaction tunisienne a ensuite été davantage une réaction d’urgence qu’une véritable construction offensive. Les entrées de Hamza Rafia et Elias Achouri, puis les derniers ajustements opérés par Chaâbani, ont permis aux Aigles de pousser dans les dernières minutes. Mais les occasions franches n’ont pas suffisamment été converties. Dans le temps additionnel, plusieurs tentatives, notamment de Rafia et Anis Ben Slimane, auraient pu offrir la victoire aux locaux, sans succès.

Et c’est probablement là que réside le principal enseignement de cette soirée. Le problème tunisien ne se résume plus à une question de sélectionneur, de système ou même de génération. Il touche à la capacité collective de cette équipe à imposer son rythme, à conserver un avantage et à faire preuve d’efficacité lorsque le contexte l’exige.

Le changement de coach n’a donc pas produit, pour l’instant, le déclic espéré. Il serait certes prématuré de tirer des conclusions définitives sur le travail de Chaâbani après une seule rencontre. Mais le nouveau sélectionneur avait besoin d’un résultat immédiatement rassurant pour lancer sa reconstruction : il devra finalement se contenter d’un point à domicile.

Le calendrier ne lui laisse d’ailleurs guère le temps de ruminer cette contre-performance. La Tunisie se déplacera au Botswana dès ce lundi 28 septembre pour la deuxième journée du groupe H, une sélection elle-même sous pression après avoir concédé le nul face à la Libye 2-2. Après avoir abandonné deux points à Radès, les Aigles devront déjà en récupérer ailleurs. Dans un groupe où une seule place qualificative supplémentaire est attribuée derrière les trois pays hôtes, chaque faux pas risque de peser lourd.

Le lendemain du nul contre l’Ouganda laisse ainsi une impression familière : celle d’une équipe autrefois impériale en phases de qualifications, surtout à domicile (les Aigles avaient écrasé l’Ouganda 3-1 fin 2025), incapables désormais de gagner en l’absence de reddition des comptes de la part d’une Fédération tunisienne de football où règnent les mêmes dirigeants à l’issue du Mondial.

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie