Marseille- Il y a 25 ans, Ibrahim Ali était abattu par un militant du FN

 Marseille- Il y a 25 ans, Ibrahim Ali était abattu par un militant du FN

Robert Lagier, un maçon né à Alger en 1932, fan de l’OAS, haïssait Ibrahim Ali, juste parce qu’il était noir. Il l’a abattu d’une balle dans le dos.

 

Ce 21 février 1995, à Marseille, à quelques mois de l’élection présidentielle, Robert Lagier colle avec deux de ses amis des affiches pour le candidat du Front national, Jean-Marie Le Pen. Tout près de là, sur l’avenue des Aygalades, Ibrahim Ali, jeune lycéen de 17 ans, d’origine comorienne, sort d’une répétition de théâtre et de musique. Il court pour attraper le bus.

Robert Lagier prend sa carabine et l’abat d’une balle dans le dos. La mort de l’adolescent provoque une vive émotion. Les manifestations se succèdent un peu partout en France : 30 000 personnes descendent dans les rues de Marseille.

Trois ans plus tard, en juin 1998, la Cour d’assises condamne Robert Lagier à 15 ans de prison, ses deux complices à des peines moins lourdes, Mario d’Ambrosio à 10 ans, et Pierre Giglio écope de deux ans.

A la barre, Robert Lagier affirme qu’il s’agit d’un accident. « Rien à voir avec le racisme ou la xénophobie », se défend-il. Une version contestée par sa petite fille.

Le 15 juin, Julie, 16 ans, vient dire aux jurés de la Cour d’assises que son grand-père n’est pas l’homme qu’il prétend: « Il m’emmenait au club de tir pour m’apprendre à tirer sur les Arabes, les melons, comme il les appelait. J’avais 8 ans à l’époque. ». 

25 ans plus tard, malgré les nombreuses mobilisations des proches de la victime, la mairie de Marseille refuse toujours que l’avenue des Aygalades soit rebaptisée du nom d’Ibrahim Ali.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.