Le carton du Raï sur le web

 Le carton du Raï sur le web

crédit photo : Youtube de Tiwtiw


Les chiffres donnent littéralement le vertige. plus d'un demi-milliard de vidéos vues pour Aymane Serhani, 409 millions pour Ridsa, 361 millions pour Hichem SmatiUne musique qui comme le rap, n'a pas de place dans les médias traditionnels alors que sa notoriété est incroyable sur Youtube.


Pour ceux qui sont restés bloqués dans les années 1990-2000 en ce qui concerne le raï, il est temps de renouveler le logiciel. Les chanteurs nouvelle génération font des cartons pleins avec les réseaux sociaux. Ils côtoient régulièrement les millions d'abonnés sur leurs chaines Youtube et leurs vidéos se classent en tête des "hit-parades" de vidéos vues sur Youtube. Le tout sans aucun passage dans les médias traditionnels.


Il faut dire que le raï n'a pas bonne presse en France (mais également au Maghreb). Si cette musique populaire a toujours porté une extravagance et un décalage par rapport à la musique traditionnel arabo-berbère, elle a presque disparu des écrans médiatiques. Si Khaled fait office de rescapé (par intermittence), il faut vraiment chercher pour trouver des articles de presse sur le raï.  Surtout depuis la condamnation en 2009 de Cheb Mami qui a permis à nombre de médias d'exclure complètement ce genre de l'espace médiatique. Il faut dire également que les maisons de disques des années 80 comme Disco Maghreb ont mis la clé sous la porte.


Pour les jeunes, Cheb Hasni,  Mami ou Khaled font office de "panthéon" de la musique Raï. Des chansons que l'on apprécie et que l'on chante toujours mais le raï a su se renouveler avec des artistes qui ont su se mettre à la page dans leurs communications avec des fans passionnés. Un clip comme Iliass Tiiwtiiw (DawDaw) atteint les 126 millions de vues sur Youtube et dépasse celui de Khaled, c'est la vie


Les nouvelles vedettes s'appellent désormais : Djadja & DinazKader Japonais (1,3 millions d'abonnés), Bilal Sghir (705 000 abonnés), Houari Manar (750 000 abonnés), Aymane SerhaniRidsaHichem SmatiFaycal Mignon (son clip Lahbiba Dialli atteint même 19 millions de vues)


Coté féminin, on est pas en reste avec de véritables "stars" comme Cheba Souad (87 millions de vues pour son duo avec Hichem Smati), Cheba Sabah (7,8 millions de vues pour son duo avec Cheb Mamidou), Cheba Fifi (6,2 millions de vues avec Yalhas Li Bazoula), Cheba Warda Charlomanté (près de 5 millions de vues pour son duo avec Tipo), Cheba Dalila (2,3 millions de vues pour son clip avec Amine La Colombe), 


Si certains perfectionnent leurs clips comme Hichem Smati, d'autres se servent du vecteur Youtube pour véhiculer leurs messages avec des vidéos beaucoup plus simples (photo, enregistrement en studio, clip avec un Smartphone). Une tendance revient tout de même : le clip en selfie qu'affectionne particulièrement Aymane Serhani et qui en parle même dans sa chanson Nebghi Djini Bsurvet (qui atteint les 118 millions de vues).


Souvent décriés, stigmatisés, qualifiés de "faux artistes", les chanteurs (et chanteuses) de raï n'en ont cure. Si leurs paroles sont plus dans la danse et les thèmes simples que dans la revendication, ils ont trouvé le moyen pour atteindre leur public directement. Farouches adepte de l'autotune, ce logiciel qui modifie la voix électroniquement, ils ont su se frayer un chemin, faisant du monde, notamment virtuel, un cabaret géant.


Voir aussi : 


Anne Berthod (Télérama) : "le raï a survécu sous d'autres formes"

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.