Il y a 23 ans, Brahim Bouarram mourait noyé, tué par des militants du Front national

 Il y a 23 ans, Brahim Bouarram mourait noyé, tué par des militants du Front national

En hommage à Brahim Bouarram


23 ans auparavant, jour pour jour, Brahim Bouarram, meurt noyé après avoir été jeté dans la Seine par trois skinheads en marge du défilé organisé tous les ans à Paris par le Front national.  


C'était il y a 23 ans. Et pour les proches de la famille, c'est comme si c'était hier. 



« J'étais tout petit quand le drame est arrivé mais je m'en souviens encore. Et je m'en souviendrai toujours », nous a confié ému Said, le fils de Brahim, qui n'avait que 9 ans au moment de la mort de son père.



Le 1er mai 1995, vers 11h30, sur le pont du Carrousel du Louvre, trois skinheads, venus manifester aux côtés du Front national pour l'hommage annuel à Jeanne d'Arc, se dirigent en courant vers les quais de Seine.



Brahim Bouarram, un Marocain de 29 ans profite d’une journée ensoleillée sous le pont du Carrousel à Paris. Il marche tranquillement sur les berges. Les militants du Front national l'aperçoivent : trois d'entre eux agressent Brahim avant de le jeter dans la Seine. En quelques minutes, tout est plié. Brahim Bouarram, un épicier, papa de deux enfants, meurt quelques minutes plus tard, noyé.



Un assassinat qui intervient quelques mois après celui d'Ibrahim Ali, un jeune de 17 ans, abattu dans le dos à Marseille le 22 février 1995, d'une balle de calibre 22 long rifle, tirée par un colleur d'affiche du FN.



À une semaine du deuxième tour de l'élection présidentielle de 1995, le meurtre a eu un retentissement national. Deux jours plus tard, le président sortant, François Mitterrand, rend hommage à la victime en jetant un brin de muguet dans la Seine, à l'endroit ou Brahim Bouarram s'est noyé. Ce même jour, une manifestation réunit 12.000 personnes contre le racisme.



Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national déclare peu après : "Je regrette qu'un malheureux se soit noyé, mais dans une agglomération de 10 millions d'habitants, ce genre de fait divers peut toujours se produire, ou même être créé à volonté."



Pour ne pas oublier cet ignoble assassinat, depuis 23 ans, partis de gauche, associations, militants et anonymes se donnent rendez- vous chaque 1er mai sur le pont du Carrousel du Louvre, à Paris, où a donc eu lieu le drame.



"Depuis l’assassinat de Brahim Bouarram, le racisme a fait d’autres victimes en France", dénonce dans un communiqué les associations à l'initiative du rassemblement. Parmi les nombreux signataires, on retrouve l'ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France), la Ligue des droits de l'homme, le MRAP ou encore l'association Femmes Plurielles. 



"Il a aussi gangrené la société sous d’autres formes : la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, la ségrégation, la relégation, les discriminations aux droits fondamentaux, au logement, au travail, aux contrôles en tous genres", précisent encore les associations. 


"C’est toujours sous d’autres formes que le racisme s’enracine, avec la montée des extrêmes droites et des droites extrêmes. Y compris des branches entières de la République : les violences policières, les contrôles au faciès, les rôles plus que douteux de certains médias, une justice à géométrie variable dès qu’il s’agit d’enfants d’immigrés et de leurs parents. L’instrumentalisation systématique des discours sur l’Islam et la laïcité qui encouragent et instaurent la montée de la haine, alors qu’une démocratie digne de ce nom se doit de réaffirmer l’égalité entre tous ses citoyens., dans le respect de leurs origines et leurs croyances", concluent les associations dans le communiqué. 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.