Romain, conseiller au Crédit agricole le jour, chasseur de migrants la nuit

 Romain, conseiller au Crédit agricole le jour, chasseur de migrants la nuit

Tweet de Romain Espino


L'opératrice du Crédit agricole de Champagne-au-Mont-d'Or (69) confirme bien au téléphone que Romain Espino est conseiller bancaire dans cette agence située près de Lyon. Oui, elle au courant que son collègue est aussi dans son temps libre "chasseur de migrants" mais précise très vite "qu'elle n'est pas habilitée à répondre aux questions". 


Sa responsable est curieusement absente depuis la matinée. On aimerait savoir comment cette institution française qui se vante sur son site internet de "soutenir celles et ceux qui s’engagent pour la solidarité", à travers sa fondation, plaçant "l’homme à l’origine des actions du Groupe et au cœur de son projet", se positionne par rapport aux idées nauséabondes de l'un de ses employés. Malgré nos dizaines de tentatives, personne n'a voulu nous répondre.  


Depuis 24h, le Crédit agricole reçoit des messages (page Facebook, courriel, appel téléphonique) assez désobligeants, quoique mérités. Beaucoup ne comprennent pas que Romain Espino, dont les activités sont connues de ses responsables, puisse toujours travailler au sein de cette banque. 


Romain Espino est conseiller au Crédit agricole le jour, chasseur de migrants la nuit. Enfin, plutôt le week-end. 


Porte-parole du groupuscule d'extrême droite Génération identitaire, il a mené avec ses petits copains le week-end dernier (21 et 22 avril) une "mission" dans les Alpes pour barrer la route aux migrants. Patrouilles à pied, en avion, en hélicoptère, on se demande bien où ils ont pu trouver tout ce pognon qui aurait pu servir par exemple à nourrir plusieurs centaines de SDF français…


Heureusement, peu de résultats concrets, si ce n'est beaucoup d'attention médiatique qui arrive à point nommé, en plein débat sur la loi asile et immigration au Parlement. 


L'affaire aurait pu en rester là pour Romain Espino, mais le conseiller bancaire du Crédit agricole, fier de son action, a jugé malin dans un tweet d'en rajouter une couche en diffusant une image montrant des militants de son groupe en train de contraindre un homme présenté comme un migrant à rebrousser chemin en pleine montagne. Le tout agrémenté de ce message: "Au revoir et ne reviens plus !".


On se prend à rêver et imaginer que Romain Espino reçoive très vite un courriel de sa direction avec les mêmes mots…


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.