Polémique Ulcan au FIPA : la présidente du festival s’exprime

 Polémique Ulcan au FIPA : la présidente du festival s’exprime

Anne Georget


Alors que la polémique ne cesse d'enfler autour de la diffusion d'un film sur Ulcan, criminel présumé franco-israélien, Anne Georget, la présidente du Fipa, le prestigieux festival du film de Biarritz a décidé de s'exprimer pour la première fois. Elle reconnait la "boulette". "Il s'agit d'une erreur de notre part. Nous n'aurions jamais dû présenter ce sale type de cette manière", avoue Anne Georget. 


Le "sale type" en question, c'est Ulcan, de son vrai nom, Grégory Chelli, 36 ans, né à Paris, criminel présumé franco-israélien recherché depuis quelques années par la justice française pour avoir piraté divers médias, harcelé plusieurs personnes et causé la mort du père d'un journaliste de Rue 89 en 2014. 


Le FIPA, qui consacre cette année un focus sur la production israélienne, aura lieu à Biarritz du 23 au 26 janvier. Il diffusera The Patriot, un documentaire de Daniel Silvan qui dresse le portrait d'Ulcan.


Ce n'est pas tant la diffusion du documentaire où "la parole a été donnée à toutes les parties et où on ne peut éprouver que du dégoût pour Ulcan à l'issue du film", rappelle la présidente du Fipa qui pose problème, mais la présentation qui est faite du hacker franco-israélien, qualifié ici de "nouveau type de justicier".


On se demande, vu le pedigree judiciaire d'Ulcan, comment une telle présentation a pu passer… D'ailleurs, cela aurait pu rester ainsi, si les trois journalistes, Pierre Haski,  Daniel Schneidermann et Denis Sieffert, tous trois victimes d'Ulcan, ne s'étaient pas indignés en envoyant une lettre ouverte à la présidente du festival.


"La légèreté avec laquelle, sous le titre flatteur de « patriote », vous présentez un personnage contre lequel ont été déposés des dizaines de plaintes en France, dont les nôtres, et pour lequel nous avons été reçus tous les trois par la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur de l’époque, Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve, suite à des opérations d’Ulcan contre nos domiciles, est consternante de la part d’un festival international. Une simple recherche Google aurait permis d’éviter de présenter de manière aussi anodine un personnage au dossier aussi lourd", dénoncent les journalistes.


"Je comprends leur indignation. Je la partage. J'aurais juste aimé être contactée avant que la polémique n'enfle. Personne ne m'a appelée. On aurait tout de suite rectifié le tir", martèle Anne Georget. "Une autre présentation va être faite", promet la présidente. 


Ulcan, de son vrai nom, Grégory Chelli, 36 ans, né à Paris, est visé par une centaine de plaintes. Ulcan est parti se réfugier en Israël où il a obtenu la citoyenneté le 23 mars 2014. Aucun traité d'extradition n'existant entre les deux pays, il y a peu de chances qu'Ulcan finisse devant un tribunal français. 


Ulcan s'est fait connaître en 2014, au moment de l'agression israélienne sur Gaza quand il a commencé à piraté certains médias d'information, comme Rue89, Arrêt sur images, le site de Libération, Mediapart…


Il a aussi harcelé plusieurs personnes, comme Stéphane Richard, Pdg d’Orange, Martine Aubry, maire de Lille, ou d'autres comme Pierre Stambul de l'Union Juive Française Pour la Paix ou Jean-Claude Lefort, ancien président de l'Association France Palestine Solidarité, qui dénoncent l'occupation israélienne en Palestine.


Il s'en est également pris à des journalistes qui ont osé dresser son portrait. Ulcan a proféré des menaces de mort à leur encontre et a mis parfois en ligne leurs coordonnées personnelles. 


En juillet 2009, Grégory Chelli est condamné, avec trois autres militants de la Ligue de défense juive dont il fait partie, pour le saccage, à Paris, de la librairie Résistances, connue pour son soutien à la cause palestinienne.


Le 29 juillet 2014, il appelle le père d'un journaliste de Rue89, Benoît Le Corre, auteur d'un article peu flatteur à son égard. Ulcan se fait passer pour un policier. "Votre fils est mort, lui dit-il. Il est mort. Il est mort." Trois jours plus tard, un autre appel, au commissariat cette fois, provoque l'intervention des forces de l'ordre chez la famille Le Corre. Le 6 août, le père est victime d'un malaise cardiaque et décède quelques semaines plus tard.


Nadir Dendoune


Lire sur le même sujet :


Ulcan persiste… en toute impunité


Ulcan crée un annuaire pour lister les "antisémites"

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.