« J’ai envie de rassembler tous les Marseillais, peu importe leurs origines ou leurs croyances », Nadia Omani, candidate aux Législatives

 « J’ai envie de rassembler tous les Marseillais, peu importe leurs origines ou leurs croyances », Nadia Omani, candidate aux Législatives

J’ai envie de rassembler tous les Marseillais, peu importe leurs origines ou leurs croyances


Nadia Omani a longtemps hésité avant de se lancer dans la bataille des législatives. Des amis ont fini par la convaincre. Depuis qu'elle a annoncé sa candidature dans la 1ère circonscription de Marseille, les critiques, qui parfois se transforment en insultes, fusent. "J'ai aussi reçu beaucoup de messages de soutien", tempère celle qui se présente sous les couleurs du Parti Égalité Justice (PEJ), un mouvement qui prétend "lutter contre les inégalités sociales" et qui présente 52 candidats dans 28 départements. "Je sais pourquoi je le fais", conclut Nadia Omani, déterminée à se battre jusqu'au bout.

 




C'est la première fois que vous vous engagez en politique….

Effectivement. Même si qu'en tant qu'animatrice au CRI (Coordination Contre le Racisme et l'Islamophobie), je fais en quelque sorte de la politique, en apportant un soutien aux victimes de l'islamophobie. Oui, j'ai hésité à me lancer, parce que je n'ai jamais été encartée et que j'ai toujours préféré l'action militante. Mais, comme les hommes politiques passent leur temps à essayer de nous diviser, j'ai eu envie d'essayer de rassembler les gens autour d'un projet. Rassembler tous les Marseillais. Peu importe leurs origines ou leurs croyances religieuses.

 


Parlez nous de votre programme.

Pour moi, l'un des problèmes majeur concerne l'éducation. C'est un domaine que je connais très bien puisque j'ai été enseignante. Nos écoles ne vont pas bien. Et cela a des répercussions gravissimes sur nos enfants. L'échec scolaire est toujours important. Il mène souvent vers la délinquance. La plupart de ceux qui partent rejoindre Daech en Syrie ont le même profil : ils étaient en échec scolaire et/ou avaient connu la délinquance. Nos élèves méritent mieux. Ils méritent de nouvelles méthodes pédagogiques : comme celles inculquées dans les écoles Montessori, Freinet et Steiner-Waldorf. Seulement voilà, leur coût est trop élevé, parfois jusqu'à 500 euros par mois. Ces établissements sont donc réservés à une certaine élite et ceci n'est pas acceptable.


J'aimerais également recréer du lien entre les gens. Favoriser la mixité sociale qui n'existe quasiment plus. J'aimerais pour changer que les habitants des villes viennent dans les quartiers populaires pour échanger. Faire rencontrer des gens qui ne font que se croiser. Pour cela, on pourrait construire des musées dans ces quartiers, y organiser des expositions etc. Tout le monde gagnerait. Quand j'étais enseignante à Lyon, j'emmenais des jeunes dans les synagogues et les églises. Pourquoi ne pas le refaire? Il faut aussi recréer du lien intergénérationnel : on pourrait faire intervenir des personnes âgées dans les écoles situées dans les quartiers populaires, afin que les enfants bénéficient de l'expérience de nos anciens. 



Depuis votre candidature, vous avez reçu énormément de messages, parfois très durs, certains menaçaient même votre intégrité physique. Comment l'avez vous vécu? 

Difficilement et c'est normal. Je n'ai pas l'habitude d'être insultée de la sorte. Je savais que certains, parce que je porte un voile, n'apprécieraient pas ma candidature, mais j'avoue que je ne m'attendais pas à un tel déchaînement de violence. Mais bon, caché derrière un clavier, les gens sont toujours plus "courageux" ! J'essaie de ne plus lire ce qu'il se dit sur moi. Je sais pourquoi je me suis présenté: je sais pourquoi je le fais.

Ça me fait de la peine surtout pour ma famille qui s'inquiète pour moi. Il y a heureusement de nombreux messages de soutiens. J'ai pris aussi le temps de répondre à mes détracteurs quand ces derniers sont restés polis. Je suis ouverte au débat. 



Certains vous reprochent d'être pro-Erdogan, l'actuel président turque, ou encore d'être hostile au mariage pour tous…

La loi sur le mariage pour tous a été votée : elle ne fait de mal à personne. Ce n'est plus la peine de revenir dessus. Quant à Erdogan, je me présente aux élections françaises et non aux législatives turques.


Propos recueillis par Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.