Ils lancent un appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France

 Ils lancent un appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France

Crédit photo d’Olivier Olivier Le Cour Grandmaison : DR


Olivier Le Cour Grandmaison est universitaire. Son dernier ouvrage, "L'Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies," est paru en 2014 aux éditions Fayard. Il fait partie de ceux qui ont lancé un appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France. Rencontre. 


LCDL : Pourquoi avoir lancé cet appel ?


Olivier Le Cour Grandmaison : Cet Appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux a été rédigé par Patrick Farbiaz, de Sortir du Colonialisme, M'Hamed Kaki, président de l'Association Les Oranges, Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) et moi-même sur la base d'un constat partagé. S'il y a eu des avancées parfois significatives en matière de reconnaissance du passé colonial et criminel de la France, je pense en particulier à la loi Taubira (10 mai 2001) reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité, il n'en est pas de même pour la suite de l'histoire coloniale, et notamment à propos des massacres du 8 mai 1945 et de ceux du 17 octobre 1961.


Ces derniers étant seulement qualifiés de « sanglantes répressions » par l'actuel président de la République. Pourtant, près de 300 personnes ont trouvé la mort à la suite de ces  manifestations pacifiques appelées par le FLN pour protester contre le couvre-feu raciste qui était imposé aux seuls « Français musulmans d'Algérie », comme on disait alors. 


Cela ne peut pas donc être qualifié que de massacre. Le fait que l'année 2017 coïncide également avec le soixante-dixième anniversaire du début de la guerre d'Indochine (mars 1947 vote des crédits de guerre à l'Assemblée nationale) et celui des massacres de Madagascar (près de 80 000 morts), a fini de nous convaincre qu'il était grand temps de lancer un tel appel.


National d'abord, notre Appel est désormais international puisque de nombreuses associations, personnalités et citoyens étrangers d'Europe, du Canada, d'Algérie, du Mali, du Sénégal, du Rwanda, de RDC, du Congo Brazzaville, notamment, l'ont signé. 


Certains disent qu'il est dangereux de raviver le passé et qu'il est temps de regarder vers l'avenir. Qu'avez-vous à répondre ?


A l'extrême-droite et chez Les Républicains, l'heure est désormais à la réhabilitation obscène du passé colonial français. Ils prétendent vouloir tourner la page. Ce qui est assez commode, après l'avoir réécrite conformément à leurs conceptions idéologiques en niant ou en euphémisant les crimes coloniaux de la France impériale !


Quant aux socialistes et à une certaine gauche qui se prétend être à la gauche de la gauche, force est de constater que les audaces des uns et des autres se transforment en ce domaine en une frilosité singulière ! Nous attendons toujours les déclarations de Benoit Hamon et de Jean-Luc Mélenchon sur cette reconnaissance. Tous deux ont vertement critiqué les déclarations d'Emmanuel Macron relatives à la colonisation, qualifiée, par lui, de « crime contre l'humanité. » Soit. Mais que proposent-ils donc ? Rien et ce rien est révélateur de leur position : botter en touche. Pourtant, une telle reconnaissance est la seule façon de rendre justice à celles et ceux qui ont été arrêtés, torturés, exécutés sommairement et massacrés, et pour ceux dont la vie familiale, personnelle parfois, a été très durement affectée par ces crimes. Pas de paix sans justice et sans reconnaissance, cela vaut aussi pour ce sujet. 


Justement, que vous inspire les récentes déclarations d'Emmanuel Macron à propos de la colonisation française en Algérie ?


Emmanuel Macron a déclaré en Algérie ce que beaucoup de citoyens et d'officiels algériens souhaitaient entendre. Reste qu'en qualifiant la colonisation de « crime contre l'humanité », il a franchi un pas supplémentaire. Emmanuel Macron pense vraiment ce qu'il dit et souhaite joindre le geste à la parole ? Qu'il signe donc l'Appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France et qu'il s'engage, s'il est élu président de la République, à faire voter une loi en ce sens, à ouvrir toutes les archives et à ériger un lieu de mémoire pour l'ensemble des victimes de la colonisation.


Dans les semaines qui viennent, nous nous adresserons aux candidat-e-s et nous rendrons publiques leurs réponses. Tous les citoyens pourront ainsi juger sur pièce, comme on dit. 


Nadir Dendoune


Pour signer l'appel :


http://www.mesopinions.com/petition/politique/reconnaissance-crimes-coloniaux-commis-france/27715


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.