Pour la Commission des droits de l’homme l’état d’urgence est « de nature à stigmatiser » les musulmans

 Pour la Commission des droits de l’homme l’état d’urgence est « de nature à stigmatiser » les musulmans

Perquisitions administratives et assignations à résidence depuis l’instauration de l’état d’urgence. PAZ PIZARRO ALAIN BOMMENEL / AFP


 


La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), une organisation indépendante, a publié, ce vendredi 19 février, un avis très sévère sur l’état d’urgence mis en place au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis. 


 


Dans le communiqué de presse qui accompagne l’avis, la CNCDH dénonce les « dérives » et les « détournements » de l’état d’urgence qui constitue « un recul injustifiable de l’Etat de droit ». Pour la commission, les mesures prises sont, « pour l’essentiel », « de nature à stigmatiser une population et une appartenance religieuse ». Comprenez les musulmans.



L’avis a été adopté, jeudi 18 février, à l’unanimité moins trois abstentions. La CNCDH, autorité administrative indépendante, ne peut faire que des recommandations. Elle avait été saisie le 9 décembre par la commission des lois de l’Assemblée nationale. Mais les députés n’ont pas attendu cet avis pour voter une nouvelle prorogation de l’état d’urgence, le 16 février.





Face au bilan affiché par le gouvernement, la commission dénonce « la réalité des mesures de l’état d’urgence ». Son avis cite notamment, lors des perquisitions, « l’absence de prise en compte de la présence potentielle de mineurs ou de personnes vulnérables (femmes enceintes, personnes âgées, handicapées, etc.) », « la commission de violences physiques » et « psychologiques », « la pratique du menottage », « la dégradation volontaire ou involontaire d’emblèmes religieux ou d’objets cultuels », « des dégâts matériels quasi systématiques », « des propos déplacés, vexatoires, voire injurieux, tenus par les agents de police et de gendarmerie (…) ou à effet discriminatoire », etc.





La commission donne son avis également sur les assignations à résidence : « Du fait des pointages imposés, la vie familiale et professionnelle ne peut qu’en être lourdement désorganisée. » Enfin, la commission s’indigne « des détournements de l’état d’urgence, sans lien avec la lutte contre le terrorisme, pour entraver des manifestations d’écologistes, de syndicalistes, et pour lutter contre l’immigration clandestine ». Quant à l’efficacité du contrôle par le juge administratif, la CNCDH juge qu’elle « trop souvent entravée par la pauvreté des pièces (notes blanches) soumises au contrôle du juge ».



Concernant la prorogation, la CNCDH « rappelle avec force que l’état d’exception, qui doit demeurer provisoire, ne saurait devenir permanent : il a pour seul et unique objectif un retour rapide à la normalité ». « Considérer que le danger d’attentat terroriste, toujours présent pour une durée imprévisible, et les engagements militaires extérieurs de la France là encore pour une durée indéterminée, permettent de justifier la prorogation de l’état d’urgence, revient à faire d’un état d’exception un état permanent », s’inquiète la commission, qui « ne peut que s’alarmer de ce qui serait une réelle dégradation de l’Etat de droit ».


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.