Un historien persuadé que l’école fabrique des djihadistes, invité dans un collège de Mantes-la-Jolie

 Un historien persuadé que l’école fabrique des djihadistes, invité dans un collège de Mantes-la-Jolie

Dimitri Casali. Crédit photo : Wikimedia Commons


 


En fin d'après-midi, ce lundi 2 novembre, l'historien et essayiste Dimitri Casali jubilait. Il venait de passer une partie de la journée avec des élèves du collège Pasteur de Mantes-la-Jolie (78). « Je leur ai même fait crier "Vive l'Empereur" », fanfaronnait sur sa page facebook, ce dernier, auteur d’une trentaine d’ouvrages.  


 


On pouvait voir aussi des photos de lui, avec à ses côtés des élèves, tenant dans les mains des exemplaires d’un de ses livres publié en 2012 : « Le grand album de l’Histoire de France de notre enfance ». Des ouvrages achetés selon nos informations par le Conseil général des Yvelines, à l'initiative de la rencontre. 


La venue de cet historien a mis en colère une partie du corps enseignant. « On a eu affaire à une intervention propagandiste et non préparée pour un public trop jeune. C'est malhonnête », s'énerve une professeure qui souhaite rester anonyme. La grogne s'est intensifiée hier, gagnant les réseaux sociaux.  


Il faut dire que Dimitri Casali n'est pas un enfant de chœur. « Il conspue les programmes en permanence qu'il trouve trop tournés vers les pages sombres de notre histoire et pas assez sur la grandeur de la France. Pour lui, les programmes d'histoire doivent apprendre uniquement à aimer et à défendre la nation, quitte à ne raconter que les épisodes glorieux », rappelle le collectif aggiornamento histoire–géographie, qui regroupe près de 200 enseignants en France et qui a pour objet d'apporter une réflexion et des propositions sur l'enseignement de l'histoire-géographie aujourd'hui. 


« Dimitri Casali publie des nombreux ouvrages où il réhabilite le roman national et la période coloniale. Il est persuadé que l’école fabrique des djihadistes. Il s'est publiquement exprimé pour condamner l'enseignement en collège de l'histoire de l'Afrique au détriment de celle de Napoléon », peste le collectif. 


En septembre 2014, dans un blog intitulé "L'Ecole républicaine terre de Djihad", Dimitri Casali écrivait dans les colonnes de Huffington Post, que le phénomène des djihadistes français était « en partie dû à la faillite de l'école Républicaine qui ne remplit plus son devoir d'intégration », ajoutant que ces dernières années ont été « marquées par une affirmation de l'appartenance religieuse dans les comportements des élèves au sein même de l'enceinte des établissements avec le refus de parler français dans les cours de récréation ».


Beaucoup se demandent donc aujourd'hui comment un tel personnage a pu être « invité dans un collège de la République ». Des membres du SNES, le syndicat national des enseignements du second degré s'interroge: « Le rectorat a-t-il approuvé sa venue ? Qui la subventionne ? Quel est l’intérêt pédagogique ? ». 


Des questions qui resteront pour l'instant sans réponses : ni le rectorat de Versailles, ni Pierre Bédier, président du conseil général des Yvelines présent lors de la rencontre, n'ont donné suite à nos demandes d'interview.


L'histoire ne devrait pas s'arrêter là. Des enseignants inquiets ont saisi leurs différents syndicats …


 


Nadir Dendoune


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.