La photo raciste était un fake

 La photo raciste était un fake

Photo de détournement de la campagne « Je rêve d’une France….» fabriquée par les extrémistes de droite.


 


Depuis quelques jours, une photo où on voit quatre jeunes filles blanches tenant chacune une pancarte représentant le drapeau français et où il est écrit dessus des propos hautement racistes (Je rêve d’une France blanche, sans nègres, sans juifs, sans arabes…), fait le buzz sur les réseaux sociaux. Dans une France où tout est possible, beaucoup s’interrogent sur la véracité de celle-ci, ce qui prouve déjà que l’heure est grave !


Après quelques recherches, nous sommes en mesure de dire qu’il s’agit bien ici d’un « fake ». L’histoire commence en mars dernier quand Malik Lounes, "un Kabylo-Berbère", comme il aime se définir, président de l'association Lolitik, lance un concept sur Facebook. Il demande à ceux qui le veulent de se faire photographier avec une pancarte peinte en bleu, blanc rouge, les couleurs du drapeau tricolore. Dessus, il est écrit « Je rêve d’une France …». Aux participants d’ajouter le reste.


"On en avait marre que le drapeau français soit toujours associé à de la haine, marre qu'on cherche à savoir qui est Français, alors que la vraie question est de savoir ce qu'on peut tous faire ensemble en France", raconte déterminé Malik.


En six mois, plusieurs centaines de personnes joueront le jeu. Des personnalités, comme les ministres Myriam El Khomri (Je rêve d’une France fraternelle), ou Patrick Kanner (Je rêve d’une France fière de sa diversité et fraternelle), en passant par les députés socialistes, comme Alexis Bachelay (Je rêve d’une France belle, généreuse et confiante), Pascal Cherki (Je rêve d’une France belle sans inégalités) ou le sénateur d'Europe Ecologie Les Verts, Jean-Vincent Placé (humaine, tolérante et écologique). Une majorité donc d’hommes politiques de gauche, mais aussi quelques centristes, comme François Bayrou, président du Modem (créative, généreuse et positive), ou Valérie Pécresse, députée des Yvelines du parti Les Républicains et ancienne ministre sous Sarkozy, qui, elle rêve d’une France « plus belle plus forte plus juste ».


Quelques personnalités médiatiquesont accepté également de jouer le jeu, comme Nacer Kettane, le directeur de Beur FM qui rêve d’une France « ouverte sur elle-même et ouverte sur le monde », ou Mélissa Theuriau, l’ancienne journaliste vedette de M6, qui, elle rêve d'une France pour tous.


Mais aussi et surtout des anonymes, tous, souhaitant pour leur pays, « plus de solidarité, de fraternité, d’amour et de tolérance ». Des messages remplis d'amour ! et qui n'ont donc pas plu aux extrémistes de droite.


« Tout est parti d'une photo où deux jeunes filles blanches ont dit qu'elles rêvaient d'une France multiculturelle. Les fascistes n'ont pas supporté », explique Malik Lounes. « Ce sont les quatre jeunes filles que l'on voit sur la photo qui nous ont avertis », coninue t-il en précisant « qu'une plainte a été déposée par celles-ci »« Puis, nous demanderons à Facebook et Twitter d'enlever la photo », continue encore Malik. Le détournement de la campagne par les extrémistes de droite n'a rien enlevé au désir de Malik de continuer son combat. « Bien au contraire », lâche-t-il. « Comme nous l'avions prévu, nous posterons sur notre page facebook des photos jusqu'à l'élection présidentielle de 2017 », conclut Malik Lounes.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.