Salah Hamouri : Tentative d’enlèvement de l’avocat franco-palestinien

 Salah Hamouri : Tentative d’enlèvement de l’avocat franco-palestinien

Traces de violences sur le dos de Salah Hamouri

Pour les proches de Salah Hamouri, il ne fait aucun doute : les forces spéciales israéliennes ont tenté d’enlever l’avocat franco-palestinien. Une scène invraisemblable survenue ce mercredi 20 mai à Ramallah, digne des séries Netflix. 

Il est 10h du matin quand Salah Hamouri, 35 ans, avocat franco-palestinien, se rend comme chaque matin dans l’association Adameer où il travaille quand il croise devant les locaux un homme.

« Naturellement, Salah lui a dit bonjour », raconte sa femme Elsa Lefort, qui vit en région parisienne. « Mon mari a tout de suite compris que le gars n’était pas palestinien. Deux autres types sont alors arrivés et ils ont tenté de le saisir ». Salah Hamouri se met alors à courir.

« Heureusement pour lui, il était proche du centre-ville de Ramallah et les trois hommes qui le pourchassaient ont fait demi-tour ».

>>Lire aussi : Salah Hamouri : Détention prolongée pour l’avocat franco-palestinien 

Les forces spéciales derrière la tentative, selon sa femme

Pour Elsa Lefort, il ne fait aucun doute : les forces spéciales israéliennes ont tenté d’enlever son mari. « Depuis sa sortie de prison, Salah est sur ses gardes quand il se rend par exemple en territoire israélien, comme à Jérusalem où vivent ses parents », explique encore son épouse.

« Mais, il ne s’imaginait pas que les Israéliens oseraient l’enlever ici à Ramallah. C’est extrêmement rare ce genre d’incursions », rappelle encore celle qui a vécu plusieurs années en Palestine, avant de se voir refuser l’accès du territoire par le gouvernement israélien pour des motifs fallacieux.

Palestinien par son père, français par sa mère, (Denise Hamouri est originaire de Bourg-en-Bresse), Salah Hamouri a grandi à Jérusalem. Il a été incarcéré à plusieurs reprises. Entre 2005 et 2011, il avait été accusé à tort, soupçonné d’avoir projeté l’assassinat d’un rabbin.

 

« Aucun élément de preuve » selon Alain Juppé

Sur la recommandation de son avocate, il avait plaidé alors coupable, pour éviter une peine de 14 ans de prison. À l’époque, Alain Juppé, ministre français des Affaires étrangères avait estimé que le dossier d’accusation était vide, reconnaissant que « les aveux faits à l’audience n’avaient été corroborés par aucun élément de preuve ».

En août 2017, il est de nouveau arrêté et placé en détention administrative. Les accusations portées contre lui sont restées confidentielles comme c’est généralement le cas pour les détentions administratives. Un régime, très critiqué par les défenseurs des droits de l’Homme et qui permet à Israël de priver de liberté des personnes pendant plusieurs mois renouvelables indéfiniment sans leur en notifier les raisons. Salah restera plus d’un an en prison.

« Salah est dans un lieu sûr mais que va-t-il se passer quand il ressortira à nouveau à l’air libre ? », interroge Elsa Lefort. « On a contacté le consulat de France qui a promis d’appeler leurs homologues », explique-t-elle. « Ce sont des méthodes inacceptables et mon mari a le droit de vivre comme tout le monde. Il est avocat, qu’on lui foute la paix », demande la jeune femme.

 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.