Saint-Denis – Culture Island en première ligne face au Coronavirus

 Saint-Denis – Culture Island en première ligne face au Coronavirus

Les membres de « Culture Island »


Depuis le début du confinement, les associations locales de l’Ile-Saint-Denis (93), comme « Culture Island » font des pieds et des mains pour aider la population à tenir le coup face à l’épidémie du Covid-19. Distribution de repas, de fruits et légumes, assistance aux personnes âgées, etc., l’association ne ménage pas ses efforts. 


Vous êtes très actifs depuis le début du confinement…


Effectivement, on a très vite compris que la population de notre ville allait avoir besoin d'aide. Et qu'il allait falloir faire preuve de solidarité. Avec notre association « Culture Island », nous distribuons des repas, offrons des fruits et légumes, aidons les personnes âgées à faire leurs courses, on nourrit les animaux… 


C'est une nouvelle association…


Oui, nous l'avons créée en décembre 2019. Ce sont les jeunes de mon quartier qui m’ont demandé de faire quelque chose. Nous sommes dans le quartier sud de la ville et il n'y a aucune association de terrain digne de ce nom qui s'occupe de prévention de la jeunesse. Il n’y aucune infrastructure de qualité, hormis le complexe sportif "l'île des Vannes", mais qui appartient à la ville de Saint-Ouen. Dans notre association, il y a désormais des jeunes de tous les quartiers de la ville parce que nous avons envie d’avancer tous ensemble. 


Vous dites que vous vous êtes toujours sentis délaissés par les pouvoirs publics….


Oui. Il y a 20 ans, mon père me disait déjà que personne ne se souciait de nous et que si on ne se mobilisait pas, rien ne changera. Notre quartier a mauvaise réputation. Personne ne nous prend au sérieux, alors que nous avons énormément de personnes qui veulent faire des choses positives. 


Pourquoi selon-vous votre quartier, qui se trouve donc au sud de cette ville est-il autant délaissé ?


Déjà par sa position géographique. Nous sommes excentrés, assez loin du centre ville de l'Île-Saint-Denis. Notre quartier est plus proche de Saint-Ouen. Il n’y a qu’un pont qui nous sépare de cette ville. Et puis, il y a un fatalisme qui s'est installé chez nous : "à quoi bon se battre puisque personne ne nous écoute ?". Peu de gens votent au quartier sud donc les politiques n’ont aucun intérêt à s’occuper de nous.  


Il y a bien une antenne jeunesse au centre ville, pourquoi ne pas aller en profiter ?


Comme je vous l’ai dit, nous sommes excentrés et nos jeunes préfèrent aller à Saint-Ouen, qui est à proximité. Si nous voulons faire un bon travail de terrain, nous avons juste besoin de locaux dans le quartier sud pour pouvoir proposer les animations, quelles soient sportives ou culturelles. Et puis, nous voulons rester indépendants. Nous sommes « apolitiques » et nous le resterons. Nous sommes suffisamment grands pour nous prendre en charge. 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.