Il y a huit ans, le militant Mouloud Aounit nous quittait 

 Il y a huit ans, le militant Mouloud Aounit nous quittait 

Mouloud Aounit (C), le 01 mai 2006, sur le pont du Carrousel à Paris, tenant un discours en mémoire de Brahim Bouarram, jeune Marocain mort, en 1995, noyé dans la Seine après y avoir été jeté par des manifestants du Front national. JEAN AYISSI / AFP

Huit ans. Le 10 août 2012, Mouloud Aounit, grande figure française de la lutte contre le racisme s’éteignait après s’être battu contre une longue maladie. Huit ans après, ils sont beaucoup à se souvenir de lui. 

 

« Il laisse le souvenir d’un militant courageux qui par son discours et ses actes a su renouveler le combat contre le racisme et les discriminations au-delà de toute posture paternaliste », témoigne ému le sociologue Vincent Geisser, un ami proche de l’ancien président du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples).

Né le 23 février 1953 à Timezrit, à l’époque de l’Algérie française, Mouloud Aounit arrive très tôt à Aubervilliers, commune de banlieue parisienne qui deviendra sa ville de cœur.

Élu président du Mrap en 2004, après avoir dirigé l’antenne de Seine-Saint-Denis, il devient la même année conseiller régional d’Île-de-France pour le Parti communiste. En 2007, il est le porte-parole de Marie-George Buffet lors de l’élection présidentielle.

Un ovni

« Mouloud nous manque. Sa parole son verbe sa lucidité et son analyse nous manque », a réagi de son côté Ali Rahni, militant bien connu, originaire de Roubaix.

Mouloud Aounit était marié et avait deux enfants. Sa fille Manon a tenu aussi à rendre hommage au combat de son père. Comme lui, elle milite sans cesse pour un monde meilleur :

« Le 10 août, c’est tous les ans un jour de doutes mais aussi de certitudes. Celles qui animent nos cœurs pour dire que nous condamnons fermement les violences meurtrières et le racisme qui étouffe et qui porte atteinte à notre intégrité et à la dignité humaine, mais aussi à toutes les injustices. Cette année a eu son lot de problèmes et la crise du Covid-19 avec ses nombreuses conséquences désastreuses a mis en exergue les inégalités de ce monde. Les plus faibles sont les plus vulnérables et les plus impactés. On a été confiné. Mais notre colère aujourd’hui gronde ». 

Dans le milieu de l’antiracisme, Mouloud Aounit faisait figure d’un ovni. Contrairement à d’autres, lui n’avait pas d’indignation à géométrie variable et s’indignait face à toutes les discriminations. Mouloud Aounit était toujours du côté des opprimés. Par exemple, il aimait répéter « Islamophobie, homophobie, même combat ».

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.