Saint-Denis. Hommage à un héros algérien de la 2nde guerre mondiale

 Saint-Denis. Hommage à un héros algérien de la 2nde guerre mondiale

« A la mémoire du soldat Derrar El Hadj, tué lors des combats de la Libération et en respect aux troupes coloniales, la Ville de Saint-Denis reconnaissante » : le texte inscrit sur la plaque mémorielle qui sera déposée sur le tombeau du soldat algérien Derrar El Hadj au cimetière de Bobigny. Crédit photo : DR

Ce dimanche 29 août à 9h, au cimetière de Bobigny (93), une plaque mémorielle sera dévoilée en mémoire du soldat algérien de l’armée française Derrar El Hadj décédé en 1944, à Saint-Denis, dans les combats qui ont suivi la Libération de Paris. Un hommage organisé par la mairie socialiste de Saint-Denis.

 

Le 28 août 1944, le soldat algérien de l’armée française Derrar El Hadj du 40e régiment d’artillerie nord-africaine (RANA) a 23 ans quand il est brûlé gravement de manière accidentelle en marge des combats à la Plaine Saint-Denis.

Évacué à Paris à l’hôpital du Val-de-Grâce, il meurt trois semaines plus tard le 17 septembre de ses blessures. Il est inhumé le 20 septembre 1944 dans le carré militaire du cimetière musulman de Bobigny. Sa tombe est alors la première de ce carré où soixante soldats musulmans de l’armée française sont ensevelis entre septembre 1944 et février 1954.

« Derrar El Hadj était un « simple » soldat de 2e classe, mais un authentique héros qui fait partie des premières troupes de la 2e division blindée qui ont libéré Paris et qui ont ensuite poursuivi le combat dans le nord de Paris, puis dans les Vosges et en Alsace », explique Christophe Piercy, conseiller municipal à Saint-Denis. « Son régiment le 40e RANA s’est couvert de gloire dans des combats allant de Paris à l’Allemagne », embraie l’élu.

Juste après sa mort, le régiment de Derrar El Hadj rend hommage comme il se doit à son soldat disparu. « Mais il a ensuite été très vite oublié », regrette Christophe Piercy.

« C’est en faisant quelques recherches que je me suis aperçu qu’il avait participé à la libération de Saint-Denis et qu’il était enterré à Bobigny », précise l’élu. « Jamais auparavant la ville de Saint-Denis n’avait rendu hommage à Derrar El Hadj. Nous nous devions de réparer cette injustice », remarque le conseiller municipal.

Derrar El Hadj est né en 1921 en Algérie française à Hadjadj (anciennement Bosquet), une commune côtière de la wilaya de Mostaganem. Recruté à Tlemcen en 1943, Derrar El Hadj rejoint le 40e RANA à Temara, au Maroc, où se constitue et s’entraine la future prestigieuse 2e division blindée commandée par le général Leclerc.

« Ce dimanche, nous allons réintroduire l’histoire de ce soldat dans la mémoire vivante de Saint-Denis. Par cette connexion qui est enfin renouée, au-delà de la seule personnalité de Derrar el Hadj, la ville de Saint-Denis va initier localement tout un travail sur la mémoire des soldats coloniaux, d’Afrique ou d’ailleurs, qui ont contribué directement ou indirectement mais de manière déterminante à la Libération de la France et de Saint-Denis », commente fièrement Daniel Dalin, maire adjoint à la politique mémorielle. Son père, originaire de la Martinique, a combattu aux côtés des forces françaises lors de la Première Guerre mondiale.

Ce dimanche, pour célébrer le 77e anniversaire de la Libération de Saint-Denis, en plus de la plaque déposée sur la tombe de Derrar el Hadj par Mathieu Hanotin le maire socialiste de la ville, une rencontre aura lieu entre des anciens combattants de Saint-Denis, les tirailleurs sénégalais de Bondy et une dizaine de jeunes de la ville qui chanteront à capella le Chant des Africains et La Marseillaise.

« Nous allons également travailler avec les collégiens de Saint-Denis sur l’histoire de ces héros oubliés », explique l’élu. « Si vous voulez que le vivre-ensemble fonctionne, il faut que tous ces gamins aux origines multiples sachent que leurs ancêtres se sont battus pour un idéal commun et que sans tous ces héros, nous parlerions allemand en France », insiste encore Daniel Dalin.

« Saint-Denis ne pouvait rester à l’écart des nombreuses villes qui ont entamé ce travail de réévaluation de la place donnée à ces troupes coloniales dans notre histoire locale. Et la commémoration de dimanche en est seulement le premier acte », promet le maire adjoint.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.