Pour la première fois, un Président français présent à la commémoration des « massacres du 17 octobre 1961 »

 Pour la première fois, un Président français présent à la commémoration des « massacres du 17 octobre 1961 »

Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Les 60 ans du « massacre du 17 octobre 1961 » feront définitivement date. Pour la première fois, un président de la République française sera présent pour commémorer la sanglante répression par la police de Papon d’une manifestation pro-FLN qui fit entre 120 et 200 morts algériens. Ce samedi 16 octobre, à 15h30, Emmanuel Macron se rendra sur le pont de Bezons (95).

 

Le 17 octobre 1961, à quelques mois de la fin de la guerre d’Algérie, 20 000 Algériens se rendent en famille, dans les rues de la capitale, à la nuit tombée, pour défendre pacifiquement leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils protestent contre le couvre-feu mis en place par le préfet de police, Maurice Papon, le 5 octobre 1961, à l’encontre des seuls « Français musulmans d’Algérie ». Ce 17 octobre 1961, des centaines d’Algériens perdront la vie, notamment au pont de Bezons. Ce 17 octobre et les jours qui suivront, des milliers d’autres seront arrêtés, emprisonnés, torturés et nombre d’entre eux refoulés en Algérie.

Cette histoire sombre de France sera rapidement occulté. Il faudra attendre 2001 – à l’occasion du quarantième anniversaire de l’événement – pour que Bertrand Delanoë, alors maire de Paris, inaugure une plaque commémorative sur le pont Saint-Michel en hommage « aux nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». Aucun ministre du gouvernement de Lionel Jospin, alors à Matignon, n’y est associé. Onze ans plus tard, dans la foulée de son élection à l’Elysée, François Hollande  franchit un premier pas en rappelant dans un communiqué que « des Algériens qui manifestaient [le 17 octobre 1961] pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression »« La République reconnaît ces faits avec lucidité », ajoute alors le chef d’Etat socialiste, qui rend « hommage à la mémoire des victimes ». La forme du geste présidentiel – un simple communiqué et non un discours accompagnant une manifestation commémorative – souligne cependant la limite de ladite « reconnaissance » officielle.

Demain, samedi 16 octobre 2021, sur le pont de Bezons, Emmanuel Macron aura l’occasion de reconnaitre officiellement la responsabilité de l’Etat français….

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.