Ali Essafi, réalisateur marocain et résident français, bloqué au Sénégal

 Ali Essafi, réalisateur marocain et résident français, bloqué au Sénégal

Ali Essafi à Dakar, affichant son passeport marocain. Photo : DR

Ali Essafi, réalisateur marocain de 59 ans, se souviendra encore longtemps de ce voyage au Sénégal. Invité à la Biennale d’Art de Dakar, il perd sa carte de résidence mercredi 25 mai, la veille de son retour en France où il vit depuis près de 40 ans. Depuis, il est bloqué, au pays de la Teranga.

 

Le 19 mai dernier, Ali Essafi arrive à l’aéroport de Dakar, le sourire aux lèvres. Invité à la Biennale d’Art, il intervient toute la semaine dans des conférences sur la question des archives coloniales africaines. Mercredi 25 mai, alors que son voyage touche à sa fin, – il doit reprendre l’avion le lendemain pour Paris -, il ne retrouve plus sa carte de résidence française. « Je l’ai cherchée partout, en vain », nous raconte, dépité, au téléphone, le réalisateur.

« Comme le lendemain, c’était le jeudi de l’ascension, j’ai attendu le vendredi (NDLR le 27 mai) pour me rendre à l’ambassade de France, continue Ali Essafi. Mais on ne m’a pas laissé entrer dans les locaux. J’avais beau leur expliquer mon cas, ils m’ont répété qu’il fallait prendre rendez-vous avant ». 

Le réalisateur essaie alors de les joindre par téléphone. Il tombe sur un responsable de « Visa France Sénégal », une société privée qui s’occupe pour l’ambassade de France des demandes de visas. Il lui explique qu’il va devoir suivre la procédure habituelle. « Je suis traité comme n’importe quelle personne qui veut aller en France pour la première fois, alors que je suis résident permanent depuis 40 ans dans un pays où je paie mes impôts et où j’ai la charge de ma fille de 7 ans qui ne comprend pas pourquoi son papa ne revient pas à la maison ! », s’agace-t-il.

Né au Maroc en 1963, Ali Essafi s’installe en France en 1982. Après des études de psychologie, il se dirige ensuite vers le cinéma documentaire. Il est l’un des auteurs les plus prolifiques et récompensés du cinéma documentaire marocain. Il est membre de plusieurs académies et fondations d’art et de cinéma dont la prestigieuse académie des Oscars.

Le réalisateur tente alors de faire jouer son réseau. En vain : « Des amis ont contacté des ambassadeurs de France d’autres pays, qui lui ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire. J’ai appelé la préfecture d’Indre-et-Loire qui m’a expliqué qu’elle aussi, elle ne pouvait rien faire et qu’il fallait que j’obtienne un visa de retour délivré par l’ambassade ». 

Passé l’énervement, le réalisateur n’a pas d’autre choix que de déposer (après plusieurs tentatives infructueuses) une demande de visa en ligne. Depuis, plus rien. « Je demande aux autorités françaises de me fournir au plus vite les documents nécessaires pour me permettre de revenir en France », implore-t-il.

Peu importe l’issue, le réalisateur envisage de déposer plainte contre l’Etat français. « Et je vais aussi demander ma nationalité française, promet-il. Parce que je ne veux plus prendre le risque d’être séparé de ma fille ». 

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.