Disparition de Kirsten Blach à l’âge de 90 ans

 Disparition de Kirsten Blach à l’âge de 90 ans

Kirsten Blach, épouse de l’artiste peintre égyptien Hamed Abdalla, décédée ce 14 octobre 2022.

Kirsten Blach s’est éteinte jeudi soir à Paris, à quelques jours de ses 90 ans. Infirmière, elle avait épousé le célèbre peintre égyptien Hamed Abdalla avec lequel, elle a eu trois enfants. Depuis l’annonce de son décès, de nombreux messages de condoléances ont afflué, témoignant de l’affection que beaucoup lui portaient. Kirsten Blach n’était pas connue du grand public et pourtant elle a passé sa vie à aider les autres.

 

Tout commence au Danemark où elle voit le jour le 19 octobre 1932. A 22 ans, Kirsten Blach obtient son diplôme d’infirmière et deux ans plus tard, en 1956, elle débarque à Paris où elle rencontre l’homme de sa vie, le peintre Hamed Abdalla, considéré par beaucoup comme le père de l’art moderne égyptien.

« Ils se sont croisés sur le Pont Notre-Dame et ça a été le coup de foudre immédiat. Ils se sont mariés dans la foulée », raconte, ému, son fils le cinéaste Samir Abdallah. Le couple s’installe alors à Copenhague. Sur place, Hamed Abdalla initie sa femme à l’histoire de l’art, et ensemble ils organisent plusieurs expositions au Danemark.

En 1966, c’est le retour à Paris. Kirsten Blach travaille alors comme infirmière à l’hôpital Belland. Un poste qu’elle occupera jusqu’au milieu des années 1990.

La situation politique au Proche-Orient est difficile. Très engagé en faveur de la cause palestinienne, son mari Hamed Abdalla rédige un manifeste dénonçant l’impunité d’Israël. Le célèbre galeriste parisien Bernheim, qui exposait alors ses œuvres, fervent soutien d’Israël, mettra fin à la collaboration avec le peintre égyptien.

Marginalisé sur la scène occidentale, il l’est aussi en Egypte à cause de ses critiques sur la politique autoritaire du président Anouar El-Sadate. Hamed Abdalla décède en 1985 n’obtenant pas de son vivant la reconnaissance qu’il aurait mérité.

C’était sans compter sur l’abnégation de sa femme qui va alors se battre corps et âme pour réparer cette injustice. En 1985, après le décès de son mari, elle consacre alors sa vie à la sauvegarde et à la valorisation des œuvres de l’artiste-peintre.

« C’est grâce à elle, grâce à sa ténacité que mon père a retrouvé sa stature d’artiste international. Il est connu aussi bien à Londres, qu’à New-York ou au Caire », confirme Samir Abdallah. « Elle lui est restée fidèle jusqu’au bout », insiste encore avec fierté son fils.

« C’était une femme discrète, humble, douce et très généreuse », martèle la monteuse Mina Kerfi. Très appréciée dans le milieu militant où « sa maison était ouverte à tous et où l’accueil était toujours chaleureux », dixit Aya Khali.

Le réalisateur Khéridine Mabrouk, proche de Samir Abdallah avec qui il a réalisé en 2011 le très remarqué Gaza-strophe ne tarit pas d’éloges pour Kirsten Blach. « J’ai dormi souvent chez elle. C’était une femme merveilleuse. Par sa manière d’être, par sa spiritualité, elle m’a beaucoup apporté. Je lui dois beaucoup ».

Morad Montazami, auteur de l’ouvrage d’Arabécédaire tient à rappeler que Kirsten Blach était aussi une grande passionnée d’art. « Elle connaissait très bien le travail des autres artistes égyptiens. J’ai beaucoup appris grâce à elle. Elle va beaucoup nous manquer ».

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.