Boxe. Moughit El Moutaouakil : « Ce n’est pas parce que je rejoins le Maroc que j’oublie la France »

 Boxe. Moughit El Moutaouakil : « Ce n’est pas parce que je rejoins le Maroc que j’oublie la France »

Moughit El Moutaouakil (Guito). Pierre Charlier / Pierre Charlier / DPPI via AFP

Un retour aux sources. Le boxeur français Moughit El Moutaouakil, dit « Guito », bientôt 34 ans, né au Maroc, plusieurs fois couronné Champion de France chez les Moyens (voir nos éditions) a décidé de combattre désormais sous le drapeau marocain. Il nous explique pourquoi. 

LCDL : En voilà une surprise quatre ans après avoir été naturalisé français…

Guito : Oui cela peut paraître surprenant mais c’est une décision mûrement réfléchie. En France, j’ai tout gagné, le Championnat de France, la Coupe de France, le trophée de France et à mon âge, j’avais besoin d’un nouveau challenge sportif et individuel. Ce n’est pas parce que je rejoins le Maroc que j’oublie la France. Je resterai toujours français. Je dois tout à ce pays. Si j’ai pu avoir cette belle carrière de boxeur, c’est grâce à la France. Je n’oublie pas que ce pays m’a donné de beaux enfants. Et puis, je continuerai à vivre, m’entrainer et travailler en France (NDLR : il est éducateur sportif à Corbeil-Essonne (91).

C’est un retour aux sources…

Oui, je suis né au Maroc, mes parents sont venus vivre en France, je n’étais alors qu’un enfant. A l’intérieur,  je me sens également profondément marocain. J’ai perdu mon père, j’avais 13 ans. De pouvoir boxer sous les couleurs marocaines, c’est aussi une façon de lui rendre hommage. Et puis, j’espère pouvoir aider à mon niveau, même si beaucoup de progrès ont été faits ces dernières années, au développement de la boxe au Maroc, en échangeant par exemple avec les boxeurs locaux sur ma manière de travailler.

On a pu lire que votre décision de rejoindre le Maroc était motivée par les nouvelles règles imposées par la fédération de boxe française…

Pas du tout. Comme vous, j’ai lu que ce sont les nouvelles règles imposées aux boxeurs professionnels français qui m’auraient incité à rejoindre le Maroc. Désormais, les boxeurs doivent passer auto-entrepreneurs pour pouvoir être payés lors des combats. Ce qui veut dire que les boxeurs professionnels français devront payer désormais 20% de taxes à l’Etat sur chaque prime engrangée lors des combats, en plus de qu’on reverse à notre équipe…

Il faut comprendre que quand un boxeur monte sur un ring, il risque sa vie. Et à part les très grands champions, l’immense majorité des boxeurs professionnels touche très peu d’argent avec le sport. La plupart ont un autre travail. En ce qui me concerne, ce n’est pas à cause de ces nouvelles règles que j’ai décidé de rejoindre le Maroc. Je le répète : c’est un challenge sportif et individuel. Je ne gagnerai pas plus en représentant le Maroc. Et comme je l’ai dit plus haut, je continuerai à travailler en dehors de mes entraînements quotidiens de boxe.

Vous espérez, je crois, devenir Champion d’Afrique…

Effectivement. Mon rang au niveau mondial me permet aujourd’hui d’être le challenger officiel du Champion d’Afrique sortant et on espère organiser très vite un combat, sans doute avant l’été et probablement à Marrakech.

Vous pourriez aussi tenter de vous qualifier pour les Jeux Olympiques de 2024 à Paris. Symboliquement, ce serait beau…

Je pourrais, c’est vrai. Mais je préfère laisser ma place aux plus jeunes. Il y de beaux boxeurs au Maroc, de purs talents qui méritent de briller au niveau international.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.