Poitiers. Le préfet demande l’annulation d’une conférence avec Salah Hamouri, l’événement a quand même lieu

 Poitiers. Le préfet demande l’annulation d’une conférence avec Salah Hamouri, l’événement a quand même lieu

(Photo de JOEL SAGET / AFP)

Ce lundi 13 mars, la conférence en hommage à la « 47ème journée de la Terre palestinienne » a déjà commencé quand la directrice du centre social de Beaulieu à Poitiers (86 000) où l’événement a lieu débarque affolée avec dans les mains la lettre du préfet de la Vienne.

« Comme l’exige le préfet dans son courrier, elle nous a demandé de quitter les lieux mais on a continué comme si de rien n’était », explique au Courrier de l’Atlas, Sylvette Rougier, présidente du Comité Palestine de Poitiers. C’est la présence dans la salle de l’avocat franco Salah Hamouri venu témoigner de ses années d’emprisonnement dans les geôles israéliennes qui pose problème aux autorités locales (voir nos éditions).

Dans ce courrier que nous avons pu consulter, le préfet de Vienne demande à la directrice du centre de « prendre ses responsabilités en annulant l’accueil de cette conférence en qualité de responsable du site ». Pour lui, la présence de Salah Hamouri pourrait « alimenter la polarisation et l’approfondissement des antagonismes relatif au conflit israélo-palestinien sur le territoire national ». Problème : la lettre est datée du… lundi 13 mars, jour où a eu lieu l’événement !

« Pourquoi la préfecture a attendu le 13 mars pour envoyer le courrier alors que tout le monde à Poitiers était au courant de la venue de Salah Hamouri ? », s’interroge Sylvette Rougier, qui affirme avoir rencontré les renseignements territoriaux quelques jours avant la conférence et que l’événement a été autorisé. « L’ordre a dû être donné de plus haut », pense Sylvette Rougier qui se souvient de l’annulation d’une conférence à Lyon en janvier dernier.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’était alors réjoui de l’annulation de l’événement. « Il est heureux que le maire de Lyon ait renoncé à son projet mortifère, parce qu’il ne peut y avoir en aucun cas un doute sur la lutte contre l’antisémitisme dans notre pays », avait -t-il déclaré lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale.

Elsa Lefort, l’épouse de Salah Hamouri lui avait répondu : « Depuis 2012, mon mari a fait plusieurs réunions publiques dans ce genre partout en France et elles se sont toutes bien passées. Il n’y a jamais eu aucun trouble à l’ordre public. Il n’y a jamais eu aucun propos haineux dans ses discours. Libre à chacun de le constater en participant une réunion publique ».

Pour Sylvette Rougier, la situation est assez paradoxale : « Le gouvernement français veut aujourd’hui faire taire Salah Hamouri alors qu’ils ont tout fait pour le faire libérer », raille-t-elle.

Effectivement, au moment de la dernière détention de Salah Hamouri en 2022 en Israël, le ministère français des Affaires étrangères avait dit souhaiter que l’avocat soit : « libéré et qu’il puisse mener une vie normale à Jérusalem avec ».

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.