19 ans après la tragédie de Zyed et Bouna, le souvenir d’une injustice perdure

 19 ans après la tragédie de Zyed et Bouna, le souvenir d’une injustice perdure

Photo : JOEL SAGET / AFP

Zyed Benna aurait eu 36 ans aujourd’hui, et son ami Bouna Traoré, 34. Mais leur destin a été tragiquement interrompu, le 27 octobre 2005, alors qu’ils fuyaient la police à Clichy-sous-Bois.

 

Ce jour-là, Zyed, 17 ans, et Bouna, 15 ans, trouvent la mort, électrocutés dans un transformateur EDF où ils s’étaient réfugiés après une course-poursuite avec la police. Leur camarade, Muhittin Altun, alors âgé de 17 ans, est grièvement blessé.

Il est aux alentours de 17 h, et alors que le Ramadan touche à sa fin pour la journée, l’heure de l’iftar – la rupture du jeûne – approche.

 

Les faits (Vidéo AFP)

Tout commence le 27 octobre 2005, peu après 17 h, lorsqu’un vol sur un chantier est signalé au commissariat de Livry-Gargan, la ville voisine. À cette époque, Clichy-sous-Bois ne dispose pas encore de son propre commissariat, qui n’ouvrira qu’en 2010.

Une brigade anti-criminalité (BAC) est envoyée sur place, et une dizaine de jeunes s’enfuient à leur arrivée. Six d’entre eux sont rapidement interpellés, tandis que d’autres prennent la fuite, dont Zyed, Bouna et Muhittin.

Les trois amis se réfugient dans un transformateur électrique, caché derrière un mur de quatre mètres de haut. Ils y restent plusieurs minutes, espérant échapper aux policiers.

 

Deux policiers innocentés

Pendant ce temps, Sébastien Gaillemin, gardien de la paix, aperçoit deux silhouettes enjamber un grillage près d’un cimetière, non loin du transformateur EDF.

« S’ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau », commente-t-il sur la radio de la police, écoutée par sa collègue, Stéphanie Klein, alors stagiaire. Aucun des deux n’interviendra pour secourir les adolescents.

Poursuivis pour non-assistance à personne en danger, les deux policiers seront finalement blanchis après plusieurs années de procédures judiciaires.

La mort de Zyed et Bouna avait pourtant déclenché une vague de révolte dans les quartiers populaires, menant à trois semaines de violences urbaines à travers tout le pays. Les habitants réclamaient justice pour les deux adolescents, symboles d’une fracture entre la jeunesse des banlieues et les forces de l’ordre.

 

Un contexte toujours explosif

Dix-neuf ans après ce drame, la situation reste tendue. En juin 2023, lors d’un contrôle routier à Nanterre, Nahel, 17 ans, est abattu à bout portant par un policier. Son décès suscite une nouvelle vague d’indignation et de colère, déclenchant plusieurs nuits de violences dans toute la France.

Comme en 2005, la mort d’un jeune homme des quartiers populaires aux mains de la police a ravivé les tensions sociales et la demande de justice.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.