Trois ans après la mort de Shireen Abu Akleh, l’impunité demeure

 Trois ans après la mort de Shireen Abu Akleh, l’impunité demeure

Washington, 18 mai 2023 : la députée Rashida Tlaib et la famille de Shireen Abu Akleh appellent à une enquête américaine sur sa mort et réintroduisent la loi Justice for Shireen. (Photo : Saul Loeb / AFP)

Trois ans après le meurtre de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée le 11 mai 2022 alors qu’elle couvrait un raid israélien, la justice n’a toujours pas été rendue. Malgré les aveux partiels de l’armée israélienne et les multiples enquêtes indépendantes désignant un soldat comme responsable, aucune poursuite n’a été engagée.

La journaliste américano-palestinienne, figure emblématique de la chaîne Al Jazeera, portait un gilet « PRESS » et un casque de protection lorsqu’elle a été abattue à l’entrée du camp de réfugiés de Jénine. Selon plusieurs témoins et investigations journalistiques, il n’y avait aucun échange de tirs à ce moment-là, ce qui accréditerait la thèse d’un tir délibéré.

Quelques mois après les faits, l’armée israélienne a reconnu une « forte probabilité » que Shireen Abu Akleh ait été tuée « accidentellement » par ses forces, tout en refusant d’ouvrir des poursuites. En mai 2023, le porte-parole de Tsahal, Daniel Hagari, a présenté des excuses publiques, qualifiant la mort de la journaliste de « tragédie ». Mais depuis, aucune avancée judiciaire concrète.

Un documentaire d’investigation récemment diffusé, Qui a tué Shireen ?, relance l’affaire. Il identifie nommément un soldat israélien de 20 ans, Alon Scaggio, membre d’une unité d’élite, comme l’auteur du tir mortel. Selon les journalistes du film, il aurait intentionnellement visé la journaliste.

La famille de Shireen Abu Akleh a déposé une plainte auprès de la Cour pénale internationale (CPI) en mai 2022, suivie par une plainte officielle d’Al Jazeera en décembre, avec le soutien de Reporters sans frontières (RSF). Malgré cela, le dossier semble au point mort.

Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 — qui a causé la mort de 1 218 personnes et la capture de 251 otages — la riposte israélienne à Gaza a entraîné une crise humanitaire d’ampleur. Selon les chiffres du ministère de la Santé du Hamas, considérés fiables par l’ONU, plus de 52 000 personnes ont été tuées, en majorité des civils, des femmes et des enfants.

Le journalisme paie un lourd tribut dans ce conflit. Plus de 200 journalistes ont été tués, selon RSF. Trois travaillaient pour Al Jazeera, dont les bureaux à Jérusalem-Est ont été fermés par décision du gouvernement israélien, le 5 mai 2024.

La chaîne Al Jazeera est aujourd’hui interdite de diffusion en Israël. Un acte perçu par nombre d’organisations internationales comme une atteinte à la liberté de la presse. La mort de Shireen Abu Akleh n’apparaît plus comme un cas isolé, mais comme le symbole d’un ciblage plus large des journalistes palestiniens.

Shireen Abu Akleh en reportage à Jérusalem, le 12 juin 2021. Un nouveau documentaire affirme identifier le soldat israélien qui aurait tué la journaliste d’Al Jazeera, abattue en 2022 alors qu’elle couvrait une opération militaire à Jénine, en Cisjordanie occupée. Photo : Handout / AFP

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.