Flottille pour Gaza : Madrid hausse le ton, Paris ménage Israël

 Flottille pour Gaza : Madrid hausse le ton, Paris ménage Israël

le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares -Photo de AHMAD AL-RUBAYE / AFP

L’interception par l’armée israélienne de navires humanitaires ce mercredi (1er octobre) en route vers Gaza a provoqué deux réponses européennes diamétralement opposées. L’Espagne, fidèle à sa ligne diplomatique critique envers Israël, a réagi avec fermeté. La France, elle, a choisi la retenue, au risque de donner l’image d’un pays qui détourne le regard.

À Madrid, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé l’arrestation de militants « pacifiques » et annoncé la convocation de la chargée d’affaires israélienne.

Cette démarche diplomatique est lourde de sens : l’Espagne, qui a reconnu l’État de Palestine en mai 2024, assume d’entrer dans un bras de fer ouvert avec Tel-Aviv.

En rappelant que 65 Espagnols se trouvaient sur les navires, Albares envoie un message clair : son gouvernement considère que les participants n’étaient pas des fauteurs de troubles mais des citoyens engagés dans une mission strictement humanitaire.

À Paris, le ton est tout autre. Le ministre français des Affaires étrangères s’est contenté d’un communiqué prudent, appelant Israël à garantir la sécurité des Français, à respecter leurs droits consulaires et à permettre leur retour.

Aucune condamnation de fond, aucun geste diplomatique fort. Pire : le ministre a rappelé qu’il avait « déconseillé » aux Français de se rendre dans la zone, comme si la responsabilité des victimes l’emportait sur celle des autorités israéliennes.

En clair, là où l’Espagne dénonce et agit, la France se limite à des précautions verbales. Madrid s’érige en contre-pouvoir face à Israël, tandis que Paris choisit de rester sur la pointe des pieds.

Une différence d’attitude qui illustre, une fois de plus, la fracture croissante en Europe sur la manière de traiter la politique israélienne à Gaza.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.