Tunisie. Arrestations et enquête pour soupçons de blanchiment autour de la flottille « Soumoud »

L’affaire de la seconde flottille dite « Soumoud », initiative maghrébine présentée comme un projet de solidarité visant à briser le blocus de Gaza, connaît un nouveau rebondissement judiciaire en Tunisie. La Brigade nationale d’investigations sur les crimes financiers complexes de la Garde nationale a ouvert une enquête sur des soupçons de blanchiment d’argent, d’escroquerie et d’appropriation de fonds issus de dons.
Selon une source informée, les investigations sont menées sous la supervision du représentant du ministère public près du Pôle judiciaire économique et financier. Elles visent plusieurs responsables et membres impliqués dans l’organisation de la « Flottille maghrébine de la résistance pour briser le siège de Gaza ».
C’est précisément dans ce cadre que l’activiste Wael Nawar et son épouse Jawaher Channa ont été interpellés. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer l’origine des financements collectés pour le projet ainsi que les modalités de gestion des dons reçus. Les autorités s’attachent à vérifier si une partie de ces fonds aurait été détournée ou utilisée à des fins personnelles. « Les investigations se poursuivent afin d’éclaircir l’ensemble des circonstances de l’affaire et d’établir d’éventuelles responsabilités pénales », déclare une source au Parquet.
Une initiative militante déjà entourée de controverses
Cette nouvelle procédure intervient alors que les préparatifs d’une deuxième flottille étaient évoqués ces derniers mois par certains militants impliqués dans l’initiative allaient bon train. Le projet visait à organiser un nouveau convoi maritime symbolique depuis le Maghreb vers Gaza afin d’attirer l’attention internationale sur la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne.
La première flottille, qui avait connu une forte mobilisation militante et une campagne de collecte de dons auprès du public, n’avait toutefois jamais réellement atteint ses objectifs. Le projet s’était heurté à de nombreuses difficultés logistiques et sécuritaires, notamment liées aux autorisations maritimes, aux itinéraires envisagés et au final à l’interception dans les eaux internationales.
À l’époque, plusieurs voix s’étaient également élevées pour dénoncer un manque de transparence dans la gestion des fonds récoltés auprès des sympathisants. Des interrogations avaient été soulevées sur les montants collectés, leur utilisation effective et les dépenses engagées dans la préparation du projet. Face à la perplexité d’une partie de l’opinion, les organisateurs s’étaient alors engagé à publier un rapport financier, mais les délais que cela avait pris, ainsi que l’opacité persistante sur certains points dudit rapport n’avaient pas convaincu les plus sceptiques.
Un timing incongru
Sur le plan sécuritaire, la première flottille avait valu au paisible port de plaisance de Sidi Bou Saïd d’être bombardé par un drone à deux reprises, l’enquête est toujours en cours sur l’origine de ces engins. Certains observateurs mettent cette fois en garde contre les implications diplomatiques et les risques que pouvait représenter une telle initiative pour les participants tunisiens et maghrébins, en ce timing inopportun de guerre régionale qui fait rage jusque-là mer méditerranée, dénonçant une certaine « professionnalisation » de la militance pro palestinienne et une « volonté d’impliquer l’extrême gauche occidentale ».
Dès mercredi soir, des heurts avaient opposé des activistes de la flottille à un cordon policier aux portes du Port de Sidi Bou Saïd :
L’activiste palestinien Seif Abou Kochk avait alors copieusement insulté la police tunisienne et les autorités en mettant en cause leur « sens de l’honneur ».
Malgré ces controverses, les promoteurs du projet affirmaient vouloir relancer l’initiative à travers une seconde flottille. L’ouverture de l’enquête judiciaire pourrait désormais jeter une ombre supplémentaire sur ce projet militant et relancer le débat sur la transparence financière des campagnes de solidarité organisées autour de la cause palestinienne. Pour l’heure, les autorités judiciaires poursuivent leurs investigations afin de déterminer si les soupçons de blanchiment et de détournement de dons sont fondés.
