Tunisair cherche un second souffle via une restructuration contestée

La compagnie nationale Tunisair s’engage dans une nouvelle phase de transformation avec le recours annoncé à des experts internationaux spécialisés dans la restructuration des compagnies aériennes. L’initiative, engagée sous l’impulsion du ministère du Transport, vise à redéfinir la stratégie de redressement de l’entreprise, confrontée depuis plusieurs années à des difficultés financières, opérationnelles et organisationnelles.
Au programme cette fois, experts internationaux et offensive commerciale pour redresser la compagnie. Mais placée sous supervision internationale, cette restructuration stratégique est déjà sous le feu des critiques :
« Alors que Tunisair était le fleuron de notre économie, alors qu’elle a brillé durant des décennies et rapporté plusieurs centaines de milliards par an grâce à une gestion intelligente et patriotique, voilà qu’on fait appel à des étrangers pour la restructurer », s’étonne l’écrivain Abdelaziz Belkhodja.
Une expertise étrangère qui passe mal
Car concrètement, la compagnie prépare actuellement un cahier des charges pour lancer un appel d’offres international destiné à sélectionner un cabinet d’expertise capable d’accompagner cette refonte stratégique. L’objectif est d’élaborer un programme de restructuration conforme aux standards internationaux, tout en tenant compte des contraintes économiques nationales et de la pression croissante sur les finances publiques.
En clair, les départs anticipés à la retraite sous l’impulsion des directions successives à la tête du transporteur national n’ont pas suffi à le délester des milliers de postes « en trop » si on compare sa masse salariale notamment aux compagnies aériennes nationales de pays voisins.
« Les experts auront pour mission de proposer des solutions concrètes pour améliorer la gouvernance, rationaliser la gestion et renforcer l’efficacité opérationnelle de la compagnie », assure une source en interne, « une manière de botter en touche ! », fustige un des cadres syndicaux affiliés à l’UGTT qui accuse les responsables locaux de ne pas vouloir assumer la patate chaude d’un vaste plan de licenciement. Le projet doit également permettre à Tunisair de regagner en compétitivité sur un marché aérien de plus en plus concurrentiel, marqué par la montée en puissance des compagnies low-cost et la pression des transporteurs internationaux.
La démarche s’inscrit dans la continuité d’un programme de restructuration déjà approuvé par le conseil d’administration de la compagnie et soumis aux autorités gouvernementales. Officiellement, l’intervention d’experts externes vise désormais à affiner cette feuille de route et à accélérer sa mise en œuvre.
Offensive commerciale et renforcement des vols pour la diaspora
Parallèlement à ce chantier structurel, Tunisair tente de relancer son activité commerciale sur le marché stratégique des Tunisiens résidant à l’étranger. Lors d’une récente audition devant les députés au Bardo, les responsables de la compagnie ont annoncé un renforcement du programme de vols, surtout en provenance et vers la France, afin de répondre à la forte demande durant la haute saison des touristes et des TRE.
La compagnie a également mis en place une série d’offres promotionnelles pour stimuler les réservations. Des réductions tarifaires ont été proposées entre fin janvier et février 2026, avant d’être prolongées jusqu’à la mi-mars en raison d’une forte affluence, nous assure-t-on.
Une nouvelle campagne promotionnelle est par ailleurs prévue pour la période estivale, du 17 juin au 6 septembre 2026. Elle prévoit des remises exceptionnelles pour les familles, cumulables avec les tarifs standards, ainsi que des conditions d’annulation plus flexibles. Des offres spécifiques seront également proposées aux étudiants.
Cependant, ces mesures commerciales s’accompagnent d’interrogations persistantes. Les parlementaires ont à ce titre soulevé la question des retards fréquents, des pannes, et des annulations de vols et du coût jugé élevé des billets et des frais de bagages.
A ce jour, Tunisair loue 3 avions pour compléter sa flotte opérationnelle. La flotte totale de la compagnie compte environ 18 avions, dont plusieurs immobilisés pour maintenance. En exploitation, la compagnie vise 14 avions opérationnels, dont 11 avions appartenant à Tunisair et 3 avions loués en leasing ou « wet lease » pour renforcer la capacité, ce qui se répercute sur les prix.
Entre restructuration stratégique et initiatives commerciales, Tunisair tente donc d’amorcer un redressement attendu depuis longtemps. Reste à savoir si l’expertise internationale et les mesures annoncées suffiront à sortir durablement la compagnie nationale de la zone de turbulences dans laquelle elle évolue depuis plus d’une décennie.
