Dominique de Villepin et le monde arabe : ce qu’il faut savoir

 Dominique de Villepin et le monde arabe : ce qu’il faut savoir

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, avril 2025. © JOEL SAGET / AFP

Officiellement, il n’est pas encore candidat. Cela ne l’empêche pas d’être déjà en campagne. Dans une droite française travaillée par les questions identitaires, ce Rbati poursuit sa route vers l’Elysée en cultivant sa singularité et son lien avec le monde arabe.

1. Il est né à Rabat et a longtemps « rêvé la France » avant de la connaître

Dominique de Villepin voit le jour le 14 novembre 1953 à Rabat, dans le quartier de l’Agdal, alors que le Maroc est encore sous protectorat français. Il n’y passe que ses cinq premières années, mais cette enfance marocaine laisse une empreinte durable. Plus tard, il évoquera les « couleurs », les « images » et les « sensations » de cette période comme des souvenirs fondateurs.

Fils d’expatriés, il grandit ensuite au Venezuela avant de poursuivre ses études aux États-Unis. Cette trajectoire singulière nourrit chez lui un rapport particulier à son pays. Il dira avoir « rêvé la France avant de la connaître », allant jusqu’à se définir parfois comme un « métèque ». Rien d’étonnant alors à ce que le jeune énarque choisisse, à sa sortie, la direction des affaires africaines et malgaches du Quai d’Orsay en 1980.

 

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2. Il est devenu célèbre en disant non à Bush

Pour beaucoup, Dominique de Villepin reste l’homme d’un discours. Le 14 février 2003, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le ministre des Affaires étrangères s’oppose avec force au projet d’invasion de l’Irak porté par l’administration Bush. Son intervention, applaudie dans l’hémicycle, devient l’un des moments diplomatiques les plus marquants de la Ve République.

« Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience », déclare-t-il alors.

Plus de vingt ans après, ce discours demeure une carte maîtresse. Villepin continue de défendre le multilatéralisme, le droit international et une diplomatie fondée sur la négociation plutôt que sur l’intervention militaire.

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3. Gaza l’a replacé au centre du débat public

Après plusieurs années loin du premier plan politique, Dominique de Villepin a retrouvé une forte visibilité médiatique à la faveur de la guerre à Gaza.

Depuis le début du conflit, il multiplie les prises de parole et critique vivement l’attitude des puissances occidentales. En 2025, il appelle notamment à un « isolement économique et stratégique » d’Israël et accuse les dirigeants occidentaux de manquer de fermeté face à la catastrophe humanitaire en cours.

Dans ses interventions récentes, il insiste régulièrement sur une idée : le droit international ne peut être appliqué à géométrie variable. Cette position lui vaut un écho particulier dans une partie du monde arabe, où son opposition à la guerre en Irak reste également très présente dans les mémoires.

4. À droite, il défend une vision atypique de l’islam

Dans une droite française souvent obsédée par les questions identitaires, Dominique de Villepin occupe une place singulière. Dès 2003, il affirme que « la dimension islamique fait partie intégrante de l’Europe ». Pour lui, les musulmans européens sont des « passeurs de cultures » et constituent une richesse pour le continent.

Tout au long de sa carrière, il met en garde contre les amalgames entre islam et islamisme et plaide pour la construction d’un « islam de France » mieux structuré et davantage intégré au cadre républicain.

Aujourd’hui encore, il critique l’hystérie identitaire et refuse de faire de l’immigration ou du voile les principaux sujets du débat politique. Pourtant, lorsqu’il était à Matignon, il a mené une politique migratoire restrictive, défendant le principe d’une « immigration choisie » et durci les dispositifs de contrôle de l’immigration irrégulière. Sous son gouvernement, les reconduites à la frontière ont fortement augmenté.

5. Poète, diplomate et gaulliste, il cultive une autre idée de la politique

Derrière l’homme d’État se cache un passionné de littérature et de poésie. Auteur de nombreux ouvrages, Dominique de Villepin revendique depuis toujours une conception sensible de l’engagement public, nourrie par l’histoire, les arts et les grands textes.

Cette facette transparaît sur son compte Instagram, où il partage régulièrement ses lectures et ses réflexions sur le cinéma, la littérature et les grandes questions de civilisation. Il y évoque aussi bien Le Musée de l’innocence d’Orhan Pamuk que des auteurs du monde arabe ou méditerranéen.

En avril 2026, il publie dans L’Orient-Le Jour une remarquée Lettre à une amie libanaise. Citant Khalil Hawi, Etel Adnan et Mahmoud Darwich, il y livre une méditation sur la guerre, la mémoire et la fragilité des nations, révélatrice de son rapport très littéraire à la politique.

Des extraits de la tribune exclusive de Dominique de Villepin, dans L’Orient-Le Jour, le 4 avril 2026
Des extraits de la tribune exclusive de Dominique de Villepin, dans L’Orient-Le Jour, le 4 avril 2026. Crédit photo : LOrientLeJour / X

Mais le véritable fil rouge de son parcours reste sans doute la défense de l’indépendance française. De son opposition à la guerre en Irak à ses prises de position sur Gaza et le Liban, en passant par ses critiques de l’alignement des puissances occidentales, il revendique l’héritage gaulliste d’une France capable de parler à tous sans s’aligner sur aucun bloc.

Lorsqu’il lance son mouvement La France humaniste en 2025, il en confie la présidence à Benoît Jimenez, maire de Garges-lès-Gonesse, commune populaire et multiculturelle de la région parisienne. Un choix stratégique pour celui qui défend une France ouverte sur le monde et fidèle à son idéal universaliste.

À l’approche de 2027, Dominique de Villepin demeure ainsi une figure à part dans le paysage politique français : un ancien Premier ministre qui continue de parler du monde arabe comme d’un partenaire et non comme d’une menace. Et à ceux qui veulent savoir s’il est de droite ou de gauche, il répond : « Je mesure 1,91 m, donc je ne rentre dans aucune case. »

 

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Fadwa Miadi